Le projet du groupe Rothenfels
Nous avons également été reçus par M. Ludovic Lebeau, directeur de l’Etablissement public chargé de la restauration de Notre-Dame et à l’issue de cette rencontre nous avons décidé de nous retrouver selon un rythme semestriel dans une des villes d’Europe où nous travaillons.
Le projet initial:
Historique et contexte
- Jusque 2018, date du dernier colloque « Architecture et liturgie » les théologiens de l’espace liturgique héritiers du Mouvement Liturgique disposaient, avec les rencontres organisées par le Monastère de Bose et la CEI entre liturgistes et architectes, d’un lieu de rencontre et de recherche qui n’existe plus en raison des difficultés que connait cette communauté. Plusieurs de mes collègues espagnols, suisse, allemands ont fait part de leur désir que quelque chose se mette en place au niveau européen. C’est le point de départ de cette initiative ;
- La France est reconnue en Europe pour avoir écrit quelques-unes des plus belles pages du dialogue entre culte et culture, en particulier sur le plan architectural, avec évidemment les grandes figures dominicaines de l’Art sacré dans les années 50 et plus récemment le mouvement de création contemporaine dans des espaces liturgiques, en particulier dans l’art du vitrail, mouvement largement soutenu voire impulsé par l’Etat avec la figure de Jack Lang, étonnamment ouvert à la dimension « sacrée » de l’art d’aujourd’hui. Or depuis une décennie nous assistons en France à une pression de plus en plus forte d’ « écoles » artistiques appuyés sur des courants ecclésiaux qui promeuvent un art souvent qualifié de « néo », un mouvement par ailleurs très puissant aux Etats Unis et en rupture assumée avec cette tradition de dialogue entre culte et culture. Plusieurs théologiens européens s’interrogent et s’inquiètent de ce qu’ils considèrent à juste titre comme une inflexion voire une rupture de cette longue et fructueuse tradition qui ne concerne pas que la France ;
- Avec l’ISL et l’ISTA, Paris et l’Institut catholique sont depuis de nombreuses années investis dans la réflexion théologique sur ces questions. A l’ISL depuis plusieurs années désormais nous intégrons systématiquement dans nos cursus deux séminaires sur des questions que nous avons longtemps un peu délaissées, faute de méthodes adéquates pour penser « théologiquement » leur objet : les « dimensions » musicale et spatiale de l’acte liturgique. Plusieurs mémoires ont été soutenus ou sont en cours de finalisation ces questions, un doctorant travaille actuellement en théologien de la liturgie à partir d’un corpus de vitraux contemporains. Mon travail personnel, mon investissement international en particulier dans le cadre de la Societas Liturgica, ainsi que la participation à la réflexion sur la restauration de Notre-Dame ont aussi donné une certaine visibilité à ce qui se fait en ces matières à Paris.
Un projet de recherche pluriannuel, à dimension européenne et ouvert à l’œcuménisme
C’est dans ce contexte que j’ai fini par accepter d’organiser une rencontre d’un réseau informel de théologiens « amis » cet automne à Paris. Pour le moment ont répondu favorablement les liturgistes de Munich (Pr Stefan Kopp), de Leuwen (Pr Joris Geldhof), le responsable du master « Liturgie et architecture » de st Anselme, vice Pdt Du PIL (Pr Giuseppe Midilli), le liturgiste de Fribourg (Pr Michel Steinmetz), la professeure de théologie pratique de l’Institut de Liturgie ste Justine de Padoue (Pr Elena Massimi), le professeur de théologie pratique de la faculté protestante de Berne (Pr Johannes Stuckelberger), le professeur de sacramentaire de San Damaso à Madrid (Pr Bert Daelemans, sj), et en France le professeur Jérôme Cottin (Strasbourg), le fr Philippe Marckiewicz, moine de Ganagobie, architecte du patrimoine et ancien rédacteur en chef de la Revue « Arts sacrés ») ainsi qu’un de nos doctorants Julien Sauvé qui travaille sur le statut du vitrail dans l’espace liturgique.
La dimension européenne et l’ouverture œcuménique font partie du progrès, il s’agit de réunir autour d’un objet commun de recherche, l’espace de célébration de la liturgie, des chercheurs s’inscrivant dans la tradition du Mouvement Liturgique.
Cette rencontre liminaire (Fixée aux 9 et 10 novembre à Paris) vise à faire le point sur nos travaux et à élaborer ensemble un projet de recherche dont à ce stade je me refuse à préciser quelle forme il prendra. Mais tous les participants ont été clairement informés qu’il ne s’agit pas que d’une rencontre amicale, avec à la clef une visite du chantier de Notre-Dame, mais qu’il s’agit de la première étape d’un projet de recherche dont le contenu précis, les modalités demeurent à préciser. J’arriverai évidemment à cette rencontre avec un projet structuré autour de la réception en cours des intuitions du Mouvement Liturgique et de Vatican II et sur la nécessité de les formaliser dans une « organicité dynamique » de l’appréhension de l’espace de célébration et de ses lieux principaux si nous voulons penser cet objet en théologiens et ne pas le laisser à la merci des approches ou bien majoritairement idéologiques, fonctionnalistes ou encore patrimoniales. L’idée est de formaliser un schéma de travail, a priori, sur trois ans, ponctué par des rencontres annuelles (Doctorales, journées d’étude…) dont les modalités et la valorisation (publications…) restent à préciser. C’est précisément l’objet, avec le partage d’expérience et de champs de recherche l’objet de la première réunion.
Ce projet est donc un projet de recherche, c’est la raison pour laquelle j’ai souhaité qu’il trouve une domiciliation institutionnelle dans l’Unité de recherche « Religions, culture et sociétés » de notre Université. Le Vice-Recteur à la recherche de l’ICP, le professeur Vincent Holzer m’a confirmé que ce projet a toute sa place dans la politique de recherche de notre Université et que le statut de Réseau de recherche lui serait conféré.
Gilles Drouin
Sacrosanctum Concilium