L'initiation chrétienne — Ressources liturgiques - Association Sacrosanctum Concilium

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L'initiation chrétienne

L'initiation chrétienne s'opère par les trois sacrements : baptême, confirmation, 1ère eucharistie. Ceux qui sont initiés adultes reçoivent les trois sacrements avec le processus du catéchuménat. Ceux qui sont baptisés bébés, reçoivent la 1ère eucharistie puis la confirmation durant les temps de catéchèse ou à l'âge adulte.

« Par les sacrements de l’initiation chrétienne, les hommes, délivrés de la puissance des ténèbres, morts avec le Christ, ensevelis avec lui et ressuscités avec lui, reçoivent l’Esprit d’adoption des fils et célèbrent avec tout le peuple de Dieu le mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur. »
(Rituels de l'initiation chrétienne, Notes doctrinales et pastorale n°1 citant Ad Gentes 14)

Parler des sacrements renvoit bien sûr à la théologie catholique de ce qu'on appelle sacrements (voir le dossier Théologie sacramentaire sur ce site). Et ce n'est pas si simple, car les représentations que nous nous en faisons sont marquées par les différentes époques qui nous ont précédés (simples signes, signes efficaces, point de passage obligé, etc.). Nous nous en tiendrons à la théologie issue du dernier concile Vatican II: les sacrements sont « signes et moyens de l'union intime avec Dieu et de l'unité du genre humain » (cf. Lumen gentium n°1).

Le terme « initiation chrétienne » nous entraîne vers la notion anthropologique d'initiation qui désigne à la fois l'introduction dans la vie chrétienne, les commencements de celle-ci et le passage par un certain nombre d'épreuves (pas forcément difficiles à supporter) pour entrer dans la vie de disciple du Christ. Il s'agit, en effet, rien de moins que de traverser la mort avec le Christ, pour ressusciter avec lui !

Traverser la Pâque avec le Christ

Dès le n°1 (citant Ad gentes n°14), les sacrements de l'initiation chrétienne sont présentés comme moyens pour devenir disciple du Christ, fils et fille de Dieu, en s'appropriant le mystère pascal du Christ. Comme l’a dit admirablement saint Paul, c’est la mort et la résurrection du Christ qui est au cœur même de la vie chrétienne et donc du devenir chrétien, « sans cela, c’est pour rien que vous êtes devenus chrétiens. » (1 Co 15, 2b) Plus encore, devenir chrétien consiste non seulement à faire sien le kérygme, mais à y participer. Comme le dit encore Paul dans l’épître aux Romains que nous entendons chaque année dans le lieu même de la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne qu’est la Vigile pascale : « Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. » (Rm 6, 4) Devenir chrétien, c’est donc être inséré dans le mystère pascal, rendu participant de la mort – résurrection du Christ Seigneur : « mort avec lui, enseveli avec lui et ressuscité avec lui, recevant son Esprit... »[2]. Par ces sacrements nous sommes associé à sa Pâque pour passer, nous aussi, de la mort à la vie. Jean-Paul II l’avait fortement souligné dans sa Lettre pour le 25e anniversaire de Sacrosanctum concilium, après avoir évoqué l’importance décisive de la Veillée pascale :

            « Parce que la mort du Christ en croix et sa résurrection constituent le contenu de la vie quotidienne de l’Église et le gage de sa Pâque éternelle, la tâche première de la liturgie est de nous ramener inlassablement sur le chemin pascal ouvert par le Christ où l’on consent à mourir pour entrer dans la vie. »[3]

Si la liturgie – particulièrement l’eucharistie hebdomadaire – réalise cela, c’est bien parce que l’initiation chrétienne en a ouvert le chemin. D’ailleurs, selon la tradition, le troisième sacrement de l’initiation chrétienne (l’eucharistie) est justement celui qui est repris régulièrement chaque dimanche. Par l’initiation chrétienne, les hommes et les femmes traversent le mystère pascal avec le Christ… En « recevant l’Esprit d'adoption qui fait d’eux des fils et des filles de Dieu »[4], frères et sœurs de Jésus Christ. Et cette adoption les rend aptes à « célébrer le mémorial de la Pâque », chaque semaine comme chaque année, continuant ainsi son œuvre (SC n°6), par Lui, avec Lui et en Lui.

Ainsi, pourrait-on dire, toute catéchèse (et au-delà toute pastorale) qui se réfère à l'initiation chrétienne vise bien l’attachement à une personne – le Christ – (et pas d’abord à épouser une doctrine) ; elle cherche à permettre l'insertion dans le mystère pascal du Christ compris comme passage dans la mort pour une vie nouvelle par le don de l’Esprit. Mais la question principale est alors : qu'est-ce que cela peut signifier concrètement pour les personnes concernées[5] ? Et c'est bien un enjeu essentiel d'une pastorale de l'initiation chrétienne que d’explorer cette question à partir de l’expérience de chacun dans les différents lieux pastoraux. La lecture des Préliminaires nous en montre la direction : il s’agit de passer, de traverser en s’appuyant sur la Pâque du Christ ; de se laisser rejoindre par lui dans ce que nous vivons pour qu’il nous fasse passer avec lui de la mort à la vie. C’est là l’enjeu de toute notre existence (depuis notre naissance jusqu’à la mort), mais c’est aussi le lot de notre quotidien avec nos petites morts journalières à traverser, nos épreuves, nos souffrances, nos abandons… C'est là que se situe la dynamique de conversion et de choix de vie auxquels toute démarche catéchuménale renvoie. Et ce passage est à la fois ce qui nous est demandé d’assumer au quotidien et ce vers quoi nous désirons tendre. Il n’est pas donc étonnant que le Rituel présente ensuite, dans les Préliminaires n°3 à 6, les quatre dimensions théologales du baptême[6] – donc de l’Initiation chrétienne – dans un ordre que l’on pourrait presque qualifier de croissant jusqu’à la « Participation à la mort et à la résurrection du Christ ».

Trois sacrements pour une initiation

L'autre caractéristique complémentaire que nous pouvons tirer des Notes doctrinales et pastorales est que « les trois sacrements de l'initiation chrétienne conduisent ensemble à leur parfaite stature les fidèles qui exercent, dans l'Église et dans le monde, la mission de tout le peuple chrétien. » (finale du n°2 citant LG n°31) Il ne s’agit pas de trois options facultatives ! C'est la composition des trois sacrements entre-eux qui constitue le devenir chrétien, l'insertion dans le mystère pascal du Christ.

Plus encore, une lecture attentive de ce numéro nous montre que, dans chacun des trois sacrements, la réalité en cause est la même. Chaque fois, il s’agit de faire corps avec le Christ, dans le Christ, de constituer son peuple uni à lui : « par le baptême, les hommes deviennent un seul corps... »[7] ; « dans la confirmation... le corps du Christ est amené le plus tôt possible à sa plénitude... » ; « en participant à l'assemblée eucharistique, l'unité du peuple de Dieu est manifestée... pour que tout le genre humain parvienne à l'unité de la famille de Dieu. » Autrement dit, ces trois sacrements n’ont pas chacun une visée différente, mais la même. De plus, dans le baptême, comme dans la confirmation et comme dans l’eucharistie, c’est l’Esprit qui agit : dans le premier il nous est donné par « la naissance de l'eau et de l'Esprit », dans le second nous sommes « marqués par le don de l'Esprit... et remplis de l'Esprit Saint », et dans le troisième nous recevons « une effusion plus abondante encore du Saint-Esprit ». Ainsi, peut-on affirmer que ces trois sacrements sont comme trois facettes d’une même réalité en cause[8]. Ils ne sont pas trois étapes successives avec chacune sa visée propre ; il ne s’agit pas de trois degrés comme des grades universitaires ! Il s’agit d’une même réalité déclinée sous trois angles particuliers.

Cependant, il y a bien trois sacrements distincts, tout au moins dans l’Église catholique romaine. De fait, la manière de les définir dans les Préliminaires n°2 montre bien qu’il y a complémentarité, non pas dans la visée qui est la même, mais dans l’éclairage qu’ils donnent, chacun, du même projet de Dieu pour nous. Un enjeu essentiel de toute démarche pastorale[9]peut consister alors à chercher à exprimer cette complémentarité en s’appuyant sur les expériences des uns et des autres. Par exemple, en se référant aux Notes doctrinales et pastorales n°2, et sans chercher à être complet, il est possible de dire :

  • Dans le baptême, Dieu se déclare à nous comme Père qui fait de nous ses fils et filles adoptifs : « tu es mon fils, aujourd’hui je t’ai engendré » (Lc 3, 22) ; et qui va jusqu'à pardonner totalement.
  • Dans l’eucharistie, Dieu se déclare à nous comme nourriture, comme don total qui fait vivre et durer dans la vie : « Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous » (Lc 22, 19) ; et nous invite à nous donner nous-mêmes à sa suite pour  nos frères.
  • Dans la confirmation, Dieu se déclare à nous dans la confiance qui donne autorité : « Celui-ci est mon fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le » (Lc 9, 35) ; et nous appelle à rendre témoignage.

La différence entre les trois est d’ordre pédagogique ; elle nous permet de mieux percevoir qui est le Dieu d’amour en qui nous croyons et ce qu’il veut pour l’humanité. La théologie scolastique a cherché à sérier, à distinguer chacun des sacrements pour mieux les comprendre ; notre époque contemporaine nous conduit plutôt à les envisager globalement, un peu comme le faisaient les Pères de l’Église ancienne, mais de manière moins empirique, plus systématique, car justement nous bénéficions de l’acquis scolastique. Nous sommes convoqués, d'une part, à aborder les sacrements de manière non plus analytique mais systémique[10], et cela vaut particulièrement pour l'initiation chrétienne et donc pour toute pastorale qui s'en inspire : il ne s’agit plus de déployer une préparation à tel ou tel sacrement mais bien de chercher ensemble comment Dieu se révèle à nous dans ces sacrements et quel est son projet pour nous et pour l’humanité. Et, d'autre part, pour parvenir à cela, nous sommes aussi convoqués à déployer une pratique de la relecture (au sens fort du terme) de ce qui se joue dans la célébration des sacrements (et de toute liturgie) : permettre – par la médiation du récit relatant ce qui a été vécu – de faire advenir ce que la célébration des sacrements (et toute liturgie) révèle du visage de Dieu et de ce qu'il veut pour nous.

Structure de l'initiation chrétienne 

Un rapide comparatif entre les processus d’initiation chrétienne selon qu’ils sont proposés aux adultes (le catéchuménat), aux enfants en âge de scolarité ou aux enfants baptisés bébés, « eucharistiés » à l’enfance et confirmés à l’adolescence, permet d’appréhender leur commune visée, et en même temps leur différence pédagogique. 

⇒ Pour plus de lisibilité du tableau, téléchargez le fichier. 

On perçoit aisément dans le tableau que les trois itinéraires ont une structure similaire, leur différence est surtout dans l'étalement dans un temps plus ou moins long selon que l'on s'adresse à des adultes ou à des petits enfants dont l'itinéraire se termine à l'adolescence. Chacun des trois itinéraires comprend des périodes de catéchèse, de recherche et d’approfondissement dans la relation au Christ et à l’Église (sauf après la confirmation donnée à l’adolescence, ce qui marque bien la difficulté actuelle de l’après-sacrement) ; chacun est balisé par des étapes importantes, mais la distribution des trois sacrements sur ces étapes diffère selon qu'on s’adresse à des adultes, à des enfants scolarisés ou à des petits enfants, chaque itinéraire ayant sa propre logique. On perçoit, bien sûr, comment les trois sacrements composent toujours ensemble l’initiation chrétienne qui donne leur pleine stature aux fidèles.

On peut donc affirmer qu'il n’y a pas de différence fondamentale entre ces trois itinéraires, à condition d'envisager le troisième comme un seul itinéraire étalé sur une durée plus longue. Ce qui invite à appréhender chaque période catéchétique dans la dynamique d'initiation à la manière du catéchuménat des adultes. Ainsi, la proposition faite aux parents demandant le baptême de leur enfant, ou celle faite à un enfant baptisé demandant à communier pour la première fois, ou à un adolescent désirant recevoir la confirmation, participent donc d'un même itinéraire dans une visée commune. Chaque fois, il s’agit d’ouvrir ou d’inscrire un chemin, celui d’une existence en relation avec Dieu et avec les frères, par l’insertion dans le mystère de la mort-résurrection du Christ et l’envoi de son Esprit Saint. La différence entre les trois étapes (cf. 3e colonne du tableau) est moins dans la recherche d'un objectif propre à chacune, ou de contenus différents (cf. une catéchèse du baptême, ou de l'eucharistie ou de la confirmation) que dans une recherche pédagogique liée à l’âge et à la maturité dans la foi. Pourrions-nous envisager, concrètement, que dans une aumônerie, un mouvement ou une paroisse, un même groupe chemine avec des adolescents, les uns se préparant à la 1e eucharistie, d’autres au baptême et d’autres encore à la confirmation ? Bien sûr, il est nécessaire de composer les groupes avec une homogénéité d’âge, pour des raisons pédagogiques. Mais il n’y a pas de différence fondamentale quant au sacrement préparé. Au contraire, une telle diversité au sein du même groupe est une chance car elle permet à certains de revivifier leur propre baptême ou de renouveler leur pratique eucharistique ; elle permet de bénéficier d’une perception plus globale, plus complète, du Dieu en qui nous croyons et de ce qu’il veut pour tous les hommes. Chaque fois, il s’agit d’initier une vie chrétienne enracinée dans la relation au Dieu de Jésus Christ : un Dieu qui nous considère comme ses fils et ses filles ; un Dieu qui nous marque sa confiance ; un Dieu d’amour qui s’offre en sacrifice pour nous. Autant de réponses concrètes à la soif des jeunes et des adultes d’aujourd’hui.

Puisque, selon la tradition la plus ancienne de l’Église, et aujourd’hui encore, l’itinéraire typique est celui déployé pour les adultes, c’est ce processus qu’il convient de regarder maintenant de plus près, pour en tirer quelques conséquences sur la manière de concevoir des itinéraires catéchétiques, à tous les âges de la vie, et permettant d’entrer ou de développer une relation au Christ en Église.

Philippe Barrras (extrait d'un article publié dans La Maison-Dieu 273 « Le processus rituel de l'initiation chrétienne: un modèle pastoral ? »)

[1]  Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, éd. Desclée-Mame, 1996 ; Rituel du baptême des petits enfants, éd. Mame-Tardy, 1984 ; Rituel du baptême en âge de scolarité, éd. Chalet-Tardy, 1999 ; Rituel de la confirmation, éd. Chalet-Tardy, 1992.
[2]  Notes doctrinales et pastorales de l'initiation chrétienne, n°1.
[3]  Jean-Paul II, Lettre apostolique Vincesmus quintus annus, n°6. Voir dans Centre National de Pastorale Liturgique, Renouveau liturgique – Documents fondateurs, éd. du Cerf, coll. Liturgie n°14, 2004.
[4]  Notes doctrinales et pastorales de l'initiation chrétienne, n°1 (cette expression et la suivante).
[5]  Voir notre article « Du baptême à la confirmation – Parler d’initiation chrétienne », dans Célébrer n°334, éd. du Cerf.
[6]  Sacrement de la foi (n°3) ; Entrée dans l’Église universelle (n°4) ; Naissance à la vie de Dieu (n°5) ; Participation à la mort et à la résurrection du Christ (n°6).
[7]  Toutes les citations suivantes appartiennent aux Notes doctrinales et pastorales, n°2.
[8]  D’ailleurs, si l’on tente de définir chaque sacrement par un objectif spécifique, on se trouve dans une impasse. Exemple : Si le baptême est rémission des péchés, que dire alors de l’eucharistie « qui nous rétablit dans sa grâce » (PE n°2 pour la réconciliation) ? Si la confirmation est le sacrement qui confère l’Esprit Saint, que dire du baptême et de l’eucharistie ? Etc.
[9]  Cela vaut en particulier pour les auteurs de documents catéchétiques destinés à la « préparation » aux sacrements.
[10] En référence aux études de l’école de Palo alto appliquant aux sciences humaines des notions travaillées, par ailleurs, dans l’industrie. Cf. E. Marc et D. Picard, L'école de Palo Alto, un nouveau regard sur les relations humaines, éd. Retz, 2000/2004.

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    Voir commentaire dans La Maison-Dieu 77, 1964

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