Le Vendredi saint — Ressources liturgiques - Association Sacrosanctum Concilium

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Le Vendredi saint

Chemin de croix. Prêtre sortant la croix de l'église Saint-Ambroise, lors du Vendredi Saint. Paris

L’office du vendredi saint commence en silence par une grande prosternation du prêtre et l’agenouillement de l’assemblée. Mieux que tout discours, ce geste inaugural désigne la nature de cette célébration : non pas une liturgie « triste », centrée sur la Passion, mais un office dont la gravité oriente vers l’adoration. Ainsi se trouve symbolisé le passage de la mort (position couchée sur le sol) à la vie (la station debout), du silence à la parole d’action de grâces et de l’humiliation de la croix à la gloire de la résurrection.

Dans la liturgie de la Parole, après le poème du serviteur (Isaïe 52) et la méditation de la Lettre aux Hébreux sur le sacerdoce du Christ, la proclamation de la Passion selon St Jean revêt un caractère exceptionnel : elle peut être chantée mais surtout il est prévu de la proclamer à plusieurs voix. Il ne faut pas voir en cela une sorte de théâtre qui ferait revivre l’histoire comme si nous y étions. La liturgie donne à entendre l’effacement progressif de la voix du Christ, une manière de le rejoindre dans sa mort pour nous laisser ressusciter avec lui comme témoins de sa résurrection.

Il s’agit de communier à la Passion en faisant nôtre la prière du Christ affronté à la mort, et qu’il continue d’adresser à son Père en communion avec tous ceux qui souffrent : « En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ; garde-moi d’être humilié pour toujours » (Ps 30). La liturgie nous plonge ainsi dans le mystère du Christ dont la mort est la « cause du salut ».

C’est pourquoi une grande prière solennelle prolonge cette écoute : devant le Christ en croix, l’Église présente les demandes de tous ceux pour lesquels le Christ a donné sa vie. Dans ces intercessions, rythmées par la succession : « invitatoire – silence – prière », c’est la voix de l’Église de tous les temps et de tous les lieux qui se fait entendre : on prie pour l’Église, pour les ministres, pour les fidèles et les catéchumènes, mais aussi pour les juifs, les croyants des autres religions, ceux qui ne croient pas en Dieu et encore pour tous ceux qui sont dans l’épreuve. Ce formulaire vient de très loin (IVe-Ve siècles) et constitue une forme « exemplaire » de la prière chrétienne. A ce titre, ce formulaire du Vendredi Saint mérite un respect littéral car c’est par excellence la prière « universelle » non seulement par l’ampleur de ses motifs mais aussi par le fait qu’elle garde la mémoire de l’intercession permanente de l’Église au cours de l’histoire. Il s’agit donc de nous laisser façonner par un grand courant de prière qui nous précède afin d’entrer plus profondément dans le mystère de la prière du Christ, qui dépasse nos horizons toujours trop étroits.

Le rite de la vénération de la croix est un geste de grande portée spirituelle. En latin, on utilise le terme adoratio, et il a été traduit par l’édition francophone comme « adoration de la croix ». Certes on n’adore que Dieu seul et par conséquent, on ne peut adorer un objet. En réalité, ce terme renvoie non à une attitude spirituelle mais à une attitude corporelle à laquelle invite l’hymne aux Philippiens, lue dans la célébration des Rameaux :

Le Christ Jésus (…) s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix (…) C’est pourquoi Dieu l’a élevé au dessus de tout (…) afin qu’au nom de Jésus, tout être vivant tombe à genoux (Ph 2).

Par ce rite, qui a sa source à Jérusalem au IVe siècle, les chrétiens confessent leur foi : la croix ne demeure pas l’instrument de mort et de torture qu’elle fut pour Jésus de Nazareth, mais, parce que le Christ est ressuscité, elle est devenue le signe de sa victoire sur la mort, comme le dit avec force un vieux cantique : « Victoire tu règneras, Ô croix tu nous sauveras ! ».

La célébration s’achève sur un rite de communion qui commence par la récitation du Notre Père. La communion est distribuée à partir de la réserve conservée la veille au soir lors de la messe du Jeudi Saint. On ne célèbre donc pas la messe : comme pour la vénération de la croix, et en lien avec elle, il s’agit de communier à la Passion du Sauveur dans l’espérance de la résurrection.

Dans un monde qui tend à effacer la mort (on la cache pour mieux l’oublier) ou qui au contraire, l’étale parfois avec complaisance (elle omniprésente dans les médias), l’office du Vendredi Saint proclame la foi pascale : « de la mort a jailli la vie ». Il ne faut jamais séparer les deux faces du mystère pascal : si l’on se souvient de la mort du Seigneur, c’est parce que nous croyons en sa résurrection. Le chant de l’adoration de la croix (bien connu en latin grâce à Taizé, Crucem tuam) le résume parfaitement :

Ta croix Seigneur, nous la vénérons, et ta sainte résurrection, nous la chantons : C’est par le bois de la croix que la joie est venue sur le monde.

Pour des textes et des hymnes pour ce jour

F. Patrick Prétot

  • Sacrosanctum Concilium 28

    Extrait de la Constitution Sacrosanctum Concilium

    Dignité de la célébration.

    SC 28. Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s'acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques. 

    ►  Voir commentaire dans La Maison-Dieu 77, 1964

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