Semaine sainte et Triduum pascal
Vitrail de la cathédrale de Bourges
Une introduction à la semaine sainte
Le missel l'appelle « semaine sainte ». Ouverte par le dimanche des rameaux et de la passion, elle est marquée par les grandes célébrations du jeudi, du vendredi, pour conduire à la veillée pascale. Ce qui est premier dans tout cet ensemble, c'est la nuit de Pâques. Sous l'influence de l'Église de Jérusalem au IVe siècle, s'est constitué peu à peu un rituel des trois jours saints (vendredi, samedi, dimanche). C’est à Jérusalem, en effet, que l'on a d'abord pensé à revivre, sur les lieux mêmes, les moments de la passion de Jésus. Mais déjà en d’autres lieux de l’Église, Pâques était marqué par un jeûne du vendredi et du samedi clôturé par la nuit de veille.
Un peu d'histoire
Avant la restauration de la semaine sainte (en ses deux étapes : Pie XII avant le Concile et Paul VI après celui-ci), ces célébrations n'avaient plus le moindre impact dans les paroisses. De siècle en siècle on en avait réduit la forme à une pratique très matinale avec peu de gens. Cela révèle déjà qu'une institution, si belle soit-elle, est menacée si on ne veille pas régulièrement à son retentissement réel auprès des communautés locales. Pour remédier à cette situation, on avait instauré des dévotions diverses qui avaient pris le pas sur toute autre forme : visite des églises le jeudi saint, chemin de croix du vendredi saint, et parfois sermon du soir. Ceci explique qu’il en existe des réminiscences chez les plus âgés aujourd’hui. L’idée de mélanger les formes pour plaire à tous est saugrenue et relève d’un souci pastoral mal éclairé. Ainsi voit-on parfois des célébrations du vendredi qui mélangent chemin de croix, lecture de la passion et office du vendredi saint ; ou bien des célébrations du jeudi saint où l’on fait des premières communions.
Il ne suffit pas, pour une réforme liturgique, de refaire un formulaire. On voit bien, aujourd’hui encore, que ces célébrations ont besoin d’une initiation. Il ne faudrait pas laisser passer le temps du catéchisme des enfants sans faire quelque chose pour les célébrations pascales !
Mais les questions pastorales d'aujourd'hui relèvent toutes d'une conviction qu'il faut encore faire partager. Elle concerne la finalité de l'action liturgique. Plus que la manière de faire des rites, c'est d'abord un sens, un certain esprit qu'il faut recevoir de la tradition. Là est d'abord 1'essentiel.
Les étapes de la semaine sainte
- La célébration des rameaux et de la passion est à proprement parler un achèvement du carême. Mais elle est aussi le porche d'entrée dans le triduum pascal (triduum = trois jours; ces trois jours sont vendredi, samedi et dimanche ; le jeudi saint au soir est le début du vendredi). Cette célébration aux origines incertaines est attestée par les Constitutions apostoliques (fin du IVe siècle). L'essentiel du rite est la proclamation de 1'évangile et la procession (selon la forme que l'on juge bon de lui donner) avec les branches d'arbre vert que l'on tient en main. L’Église s'identifie au Seigneur montant vers Jérusalem ; elle met en elle les sentiments du Christ et acclame celui qui a pris résolument le chemin de la Pâque. Puis la liturgie de la Parole est marquée par les grands textes témoins de la Passion : le Serviteur de Dieu en Isaïe et le psaume 21, l'hymne aux Philippiens et une Passion de la tradition synoptique. Par ces deux versants de la célébration (que dit bien le titre : dimanche des rameaux et de la passion) la totalité du mystère pascal est présente, mais en ordre inverse. D'abord l'acclamation au roi de gloire, puis la contemplation du serviteur. Ces deux versants se trouvent rassemblés dans la liturgie eucharistique, mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur.
- Le jeudi saint est célébration de l'offrande du Christ à la cène. C'est cela qui prime Sur tout autre chose. C'est ce que mettent en relief ces mots de l'évangéliste Jean : « Avant la fête de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à 1'extrême » (Jn 13, 1). Chaque terme a son importance. La Pâque est proche, cette Pâque qu'Israël célèbre en mémoire des merveilles de Dieu et dans l’espérance des bienfaits à venir. Cette Pâque va devenir celle du Christ Serviteur, Agneau de Dieu. C'est l'heure de Jésus, de sa Pâque, Son passage vers le Père ; c'est le moment du grand signe d'amour jusqu'à l'extrême. Un geste particulier marque cette liturgie du jeudi saint : le lavement des pieds. A l'origine, le rite est indépendant de l'eucharistie. Mais il y a été inclus en prolongement de l'évangile johannique, comme signe du Christ Serviteur.
- Le vendredi saint est tout adoration devant le mystère incroyable. Étonnement d’où peut naître le chant nouveau d’un peuple qui regarde celui que les hommes ont transpercé. Un peuple discerne dans cette offrande le don suprême de Dieu à l’humanité. Humilité de l’homme et, à cause de cela, foi renouvelée en celui qui seul peut retourner les forces destructrices du monde ! « Ô croix plus noble que les cèdres. Sur toi la vie du monde est clouée. Sur toi le Christ a triomphé : la mort a détruit la mort ! Gloire à toi Jésus Sauveur, ta croix nous donne la vie » (CFC, chant HY 10-22). Les grands rites du vendredi saint mettent en évidence ce regard vers la croix : la grande prosternation en silence, la parole proclamée, les grandes intercessions, la vénération de la croix et la communion au corps brisé.
- Le samedi saint est jour de silence où se prolonge l’adoration du vendredi saint, jusqu’à la tombée du jour. C’est alors, avec la nuit, que vient la veillée pascale, la fête des fêtes qui – depuis les origines du christianisme – déploie le passage du Christ de la mort à la vie. Célébration décisive du baptême pour les adultes qui sont associés au passage du Christ, et mémoire persistante du baptême pour chacun des fidèles, la veillée pascale déploie ses rites propres : bénédiction du feu nouveau et procession de la lumière à la suite du cierge pascal ; longue liturgie de la Parole où est parcourue l’histoire du salut ; rites baptismaux, repas eucharistique et envoi.
La fête de la Pâque peut alors jaillir le dimanche et les jours suivants, durant cinquante jours jusqu’à la Pentecôte.
Quelques réflexions pastorales
(…) La célébration liturgique, par son fonctionnement symbolique, permet des appropriations bien différentes. Ces différences concernent les personnes rassemblées. Elles se vérifient aussi pour chacune, d’année en année. Car nous célébrons chaque Pâque annuelle après une tranche de vie qui a modifié en nous des perceptions, des comportements. Une tranche de vie où la foi a pu être ébranlée ou au contraire affermie. Cependant, il y a une grande perception commune qui est l’identification au Christ. Ce qui aide cette perception, ce sont les rites et les chants.
Les rites de la semaine sainte ont pour eux d’être uniques et suggestifs. Le rituel de la Parole remet en mémoire les grandes images par lesquelles la communauté chrétienne primitive a intériorisé le mystère pascal du Christ : l’agneau, le serviteur, l’arbre de la croix, le corps, le sang, le souffle. Les signes nombreux qui marquent ces célébrations expriment la rencontre entre le don de Dieu et la foi du peuple assemblé : procession, acclamation, lavement des pieds, table eucharistique, vénération de la croix, lumières de la veillée pascale…
À ces rites uniques dans l’année devraient correspondre des chants uniques, eux aussi ! S’il faut bien les rendre familiers par un usage dans les célébrations dominicales, il faut aussi, un moment donné, les réserver pour la semaine sainte. Ainsi, on ne les retrouvera plus que chaque année et deviendront signes du mystère célébré. (…)
Une expérience pastorale s'est beaucoup répandue et porte de grands fruits. Là où on ne peut rassembler une communauté significative pour célébrer la semaine sainte, on opère des regroupements entre plusieurs paroisses et l'on célèbre une seule fois chaque jour pour 4 ou 5 lieux, tantôt dans l'un, tantôt dans l'autre. Cela redonne à des communautés une image d'Église vivifiante (…). Quand la semaine sainte est vécue avec intensité, elle marque la vie annuelle des communautés. Elle y apporte le souffle de vie et de renouveau, celui que l'Église a reçu du Christ en croix.
« La chair de sa chair est nommée : la plaie qu'il porte à son côté s'ouvre pour qu'un peuple en renaisse » (D. Rimaud, chant I-166).
PhB à partir de Jacques Thunus, L'année liturgique, Église qui chante Doc 25
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► André Haquin, "La réforme liturgique de Pie XII : la Vigile pascale (1951) et la Semaine Sainte (1955)", Liturgie n° 184, 2019.
► Autre articles sur la Semaine sainte dans la revue La Maison-Dieu
Normes universelles de l'Année liturgique et du calendrier
(Missel romain, éd. 2021, pp. LXXII-LXXIII, partie B. Le cycle de l'année)
17. Pendant le cycle de l’année, l’Église commémore tout le mystère du Christ, de l’Incarnation jusqu’au jour de la Pentecôte et jusqu’à l’attente de l’avènement du Seigneur.
III. Le temps du Carême
27. Le temps du Carême est ordonné à la préparation de la célébration de Pâques : la liturgie du Carême dispose en effet les catéchumènes, par les divers degrés de l’initiation chrétienne, et les fidèles, par la commémoration du baptême et par la pénitence, à célébrer le mystère pascal.
28. Le temps du Carême va du mercredi des Cendres au Jeudi saint, jusqu’à la messe de la Cène du Seigneur exclusivement.
[...] 30. On appelle les dimanches de ce temps 1er, 2e, 3e, 4e, 5e dimanches du Carême. Le 6e dimanche, avec lequel commence la Semaine sainte s’appelle dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur.
31. La Semaine sainte est destinée à commémorer la Passion du Christ depuis son entrée messianique à Jérusalem. Dans la matinée du Jeudi saint, l’évêque qui concélèbre la messe avec son presbytérium, bénit les saintes huiles et confectionne le saint chrême.
I. Le Triduum pascal
18. Le Christ a accompli l’oeuvre de la rédemption des hommes et de la parfaite glorification de Dieu principalement dans son mystère pascal, par lequel, en mourant, il a détruit notre mort et en ressuscitant il a restauré la vie. Aussi le Triduum pascal de la Passion et de la Résurrection du Seigneur brille-t-il comme le sommet de toute l’année liturgique. De même que le dimanche constitue le sommet de la semaine, de même la solennité de Pâques constitue le sommet de l’année liturgique.
19. Le Triduum pascal de la Passion et de la Résurrection du Seigneur commence avec la messe de la Cène du Seigneur, le soir du Jeudi saint, la Vigile pascale constitue son centre et il se termine avec les Vêpres du dimanche de Pâques.
20. Le Vendredi saint, où on célèbre la Passion du Seigneur, et, si cela est opportun, également le Samedi saint jusqu’à la Vigile pascale, on observe partout le jeûne sacré de Pâques.
21. La Vigile pascale, en la nuit sainte où le Seigneur est ressuscité, est considérée comme « la mère de toutes les saintes veillées ». L’Église y attend la résurrection du Christ en veillant et la célèbre dans les sacrements. Sa célébration doit donc se faire entièrement de nuit, c’est-à-dire commencer après la tombée de la nuit et finir avant l’aube du dimanche.
Sacrosanctum Concilium