La vigile pascale selon sa dynamique — Ressources liturgiques - Association Sacrosanctum Concilium

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La vigile pascale selon sa dynamique

Cierge pascal, lors de la célébration de la veillée pascale. Paroisse Saint Jean Baptiste de Belleville. Paris (75), France.

Pâque : passer avec le Christ de la mort à la vie. Cette dynamique apparait tout particulièrement lors de la nuit pascale. À la vigile pascale, « mère de toutes les saintes vigiles » (saint Augustin), on célèbre en effet habituellement les sacrements de l’initiation chrétienne, qui rendent participants de la Pâque du Christ, passage de la mort à une vie nouvelle.

Passer avec le Christ de la mort à la vie. 

La liturgie pascale est une école de la vie avec le ressuscité, avec celui qui est vivant à jamais auprès du Père. De là vient l’importance de la nuit pascale, sommet de l’année liturgique. Car elle est le lieu de la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne, ces sacrements par lesquels nous sommes rendus participants de la Pâque du Christ. Au matin de Pâque, la deuxième lecture de la messe fait résonner ce que l’apôtre Paul proclame comme le fondement de notre foi. Nous sommes passés par la mort avec le Christ (et c’est cela que le triduum donne à vivre) pour avoir part à sa vie nouvelle, ce qui est déjà commencé mais qui ne deviendra achevé que dans le Royaume à venir :   

En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire (Col 3,3-4)

Un itinéraire baptismal

La Semaine Sainte est un chemin : ce n’est pas une succession de rites mais un itinéraire. De ce point de vue, le carême et la semaine sainte sont non seulement la grande retraite annuelle où les baptisés accompagnent les catéchumènes dans leur marche. Mais cet itinéraire donne à vivre ce que réalise l’itinéraire catéchuménal. Les baptêmes dans la nuit pascale sont là pour rappeler que le baptême est une nouvelle naissance comme le chante la liturgie byzantine avec enthousiasme :

Car tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ (Ga 3, 26-27).

Pour suivre le Christ sur son chemin pascal, pour entrer dans la dynamique baptismale, la liturgie nous fait marcher au sens premier du terme. Par ces déplacements, il s’agit de vivre le passage pascal du Christ : communier à sa mort pour avoir part à sa résurrection. Ceci éclaire un point essentiel : la vie chrétienne est participation à la vie du Christ. L’itinéraire du Christ est notre chemin. Et la liturgie donne à le vivre concrètement.

Pendant des siècles, et ceci reste parfois ancré dans les mémoires, le baptême a été pensé comme sacrement pour les petits enfants, d’absolue nécessité pour le salut et dont l’effet principal était d’effacer la tache du péché originel. C’était donc un rite de la naissance. Grâce aux travaux des historiens et au mouvement missionnaire, le catéchuménat et les baptêmes d’adultes ont été retrouvés comme forme première du baptême. Il est important de s’en souvenir alors qu’est annoncé pour Pâque 2025, le chiffre record de 10000 baptêmes d’adultes dans la nuit pascale.  

Le baptême dans l’Antiquité était un bain (c’est le sens du mot grec) au cours duquel tout en immergeant le baptisé dans l’eau, ce qui est un symbole de mort, il répondait aux trois questions qui résonnent dans la nuit pascale « crois-tu au Père tout-puissant… » « crois-tu à son Fils Jésus-Christ … » « crois-tu en l’Esprit-Saint …». La confession de la foi s’inscrivait ainsi dans le rite d’eau. On ne pouvait mieux souligner l’unité entre la Pâque du Christ, son passage par la mort, la confession de la foi et la communication de sa vie de ressuscité. 

A la question pourquoi baptise-t-on dans la nuit pascale, la réponse est complexe sur le plan de l’histoire. Dans certaines traditions liturgiques, le baptême est en effet lié à la fête de l’Épiphanie et du Baptême du Christ. Mais sur le fond, la réponse vient de la lettre aux Romains. A la suite de l’apôtre Paul, l’Église croit que l’immersion baptismale est signe de notre mise au tombeau avec le Christ pour avoir part à la vie nouvelle que la résurrection du Christ offre à toute la création :

Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle (Rm 6,4).

Marcher à la suite du Christ

C’est la procession des Rameaux qui inaugure la Semaine Sainte. Mais tout le triduum est caractérisé par la marche. C’est la procession d’entrée du Jeudi Saint qui associe le président et une diversité de ministres. C’est aussi en cette même célébration, la procession de communion puis celle qui conduit au reposoir à la fin de la célébration. Le Vendredi Saint, nous marchons pour aller nous agenouiller et vénérer la croix du Seigneur. La nuit pascale commence aussi par une entrée solennelle de l’assemblée dans l’église, un rite qui aboutit à la proclamation pascale (en latin Exultet).

Tous ces déplacements donnent à vivre très concrètement ce que les Écritures rappellent sans cesse : le peuple d’Israël a marché pour rejoindre la terre promise, et les disciples de Jésus ont marché pour apprendre à le suivre. Plus encore la vie chrétienne se comprend comme la suite du Christ ressuscité : sur le chemin d’Emmaüs, Jésus se fait compagnon de route :

Le même jour, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé. Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. (Lc 24, 13-15)

Dans l’admirable lettre pour le 25e anniversaire de la Constitution sur la liturgie, le Pape Jean-Paul II a magnifiquement exprimé cette primauté de la suite du Christ pour la vie de l’Église. Il s’agit en effet non seulement de marcher mais de « marcher ensemble » et ceci non seulement à Pâque mais dans la vie quotidienne, ce qui désigne le lien entre la foi pascale et la synodalité : 

Parce que la mort du Christ en croix et sa résurrection constituent le contenu de la vie quotidienne de l’Église et le gage de sa Pâque éternelle, la liturgie a pour première tâche de nous ramener inlassablement sur le chemin pascal ouvert par le Christ, où l’on consent à mourir pour entrer dans la vie.

Passer avec le Christ pour avoir part à sa résurrection

La Semaine Sainte n’est pas seulement un souvenir du passé, elle actualise dans la vie de l’Église et dans celle de chaque croyant le mystère du salut. C’est pourquoi l’apôtre Paul peut affirmer dans la Première lettre aux Corinthiens :

Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ; et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus (1 Co 15, 17-18).

Alors que bon nombre aujourd’hui confondent la résurrection et la réincarnation, il est essentiel de rappeler que si Lazare est revenu à la vie à l’appel de Jésus (Jn 11,43), il est mort à nouveau. A l’inverse, Jésus est « la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté » (Col 1, 18). En célébrant le mystère pascal du Christ, la liturgie proclame que le ressuscité est à jamais vivant, qu’il a vaincu la mort et donne aux croyants de participer à cette victoire. Par l’Esprit-Saint, en lui, Dieu offre au monde la puissance de la résurrection. La fête de Pentecôte renvoie au mystère de Pâque. C’est la clôture du temps pascal, un temps de 50 jours où l’on célèbre le don que Dieu fait au monde dans la résurrection du Christ. C’est ce que l’apôtre Pierre proclame le jour de la descente de l’Esprit Saint à la Pentecôte :

Hommes d’Israël, écoutez les paroles que voici. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. (Ac 2, 22-24)

Une liturgie de gestes

Les célébrations pascales mettent en marche l’assemblée des fidèles. Plus largement, il faut souligner que ces célébrations mettent en mouvement le corps des fidèles. En cela apparaît la logique même de l’Incarnation. Le Verbe s’est fait chair et dès lors Dieu rejoint l’humanité à travers des médiations corporelles. C’est cette logique que l’on retrouve dans les sacrements. L’eau et le Saint-Chrême du baptême et de la confirmation, le pain et le vin de l’Eucharistie, l’huile du sacrement des malades, rappellent que Dieu rejoint l’être humain dans son corps. Et c’est pourquoi il faut être attentif à deux grandes marques rituelles.  

D’une part, au centre de chacune des trois grandes célébrations du triduum, il y a un geste qui touche le corps, et qui a lieu après la liturgie de la Parole. C’est la structure fondamentale de toute célébration : parole et gestes. Dans Verbum Domini (30 septembre 2010) Benoît XVI n’a pas hésité de parler de « sacramentalité de la Parole proclamée » (n. 56). Dans la liturgie, les lectures ne sont faites d’abord pour connaître la Bible. Elles sont faites pour que l’assemblée écoute le Christ qui lui adresse sa Parole et qui ainsi se rend présent au milieu des croyants. C’est donc le Christ ressuscité qui continue de s’adresser aux disciples à travers la voix du lecteur. 

Et cette parole se fait signe concret, corporel à travers des gestes. Le jeudi saint, c’est le lavement des pieds. On risque trop de réduire ce rite à une invitation morale au service, ce qui n’est pas faux bien sûr. Et certes, la vérité de la liturgie se fait dans le service de la charité envers le prochain. Toutefois la bonne nouvelle est avant tout celle d’un salut offert à toute l’humanité. Le lavement des pieds a donc valeur de geste baptismal. A la différence d’une vision individuelle du baptême (« mon » baptême) le lavement des pieds rappelle que la croix du Christ sauve le monde :

(…) Dieu notre Sauveur (…) veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu ; il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous (1 Tm 2, 4-6).

C’est le signe du Christ qui s’est fait serviteur (et c’est pourquoi le geste est fait par le prêtre qui préside), Lui qui est mort « afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11, 52). C’est son peuple que Dieu sauve dans la Pâque de son Fils.

Le geste du Vendredi Saint est celui de l’adoration de la croix, c’est-à-dire, pour les fidèles qui le peuvent, de la vénération de la croix par l’agenouillement et un baiser. Car on dira à juste titre que conformément au décalogue (les dix commandements) les chrétiens n’adorent que Dieu seul. La procession et le baiser à la croix n’est pas un geste anodin : c’est un geste corporel qui est une confession de foi.

Ce geste vient de la vénération de la relique de la croix de Jésus dont la tradition dit qu’elle a été retrouvée au début du IVe s. à l’instigation de Ste Hélène, la mère de l’empereur Constantin. Hélène fera construire les basiliques de Jérusalem, dont on voit encore des traces, en dépit des multiples transformations au cours des temps. C’est à cette époque que l’on adopte comme geste de vénération envers la relique, une pratique qui était celle des soldats romains devant les insignes que l’on portait dans les défilés militaires après une victoire. Ces cortèges victorieux sont représentés sur les arcs de triomphe de l’empire romain.

En conséquence, l’adoration de la croix n'est pas d’abord une attitude spirituelle mais un geste liturgique : le fait de s’agenouiller. Les chrétiens ont adopté un geste qui pour eux était le signe de la victoire de la croix sur le péché et sur la mort. En allant vénérer la croix, en s’agenouillant devant elle, le peuple de Dieu confesse que la croix renverse les logiques de ce monde comme le souligne l’apôtre Paul au début de la Première lettre aux Corinthiens :

Puisque, en effet, par une disposition de la sagesse de Dieu, le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile. Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes (1 Co 1, 21-25).

La croix du Seigneur dans la célébration du Vendredi Saint n’est pas d’abord un instrument de torture. Toutefois, pour Jésus, elle fut le gibet sur lequel il a connu une mort dans les douleurs et l’humiliation. On ne peut l’oublier au nom de tous ceux qui, à travers le monde, sont aujourd’hui torturés, victimes de la violence et du mépris des hommes. Mais depuis le temps des Pères de l’Église, la croix est comprise comme le signe de la victoire du Christ. Le Vendredi Saint n’est pas seulement le souvenir de la Passion mais aussi la proclamation de la victoire du Christ sur le mal. Lors du rite de l’adoration de la croix, nous pouvons donc chanter l’antienne crucem tuam que la communauté de Taizé a rendu populaire auprès des jeunes :

Ta croix, Seigneur, nous l’adorons, et ta sainte résurrection, nous la chantons : c’est par le bois de la Croix que la joie est venue dans le monde.

C’est aussi ce qu’un prêtre français durant la deuxième guerre mondiale a traduit dans le célèbre cantique : « Victoire tu règneras, ô croix tu nous sauveras ! » :

Rayonne sur le monde qui cherche la Vérité.       

Ô Croix, source féconde d'amour et de liberté.

Redonne la vaillance au pauvre et au malheureux.

C'est toi notre espérance qui nous mènera vers Dieu.

Rassemble tous nos frères à l'ombre de tes grands bras.

Par toi Dieu notre Père, au ciel, nous accueillera.   

Plus encore, la croix que l’on vénère le Vendredi Saint est non seulement le signe de la victoire sur la mort et le péché, mais elle est devenue par excellence de la bénédiction de Dieu, alors même qu’elle était le signe de la malédiction :

Quant à cette malédiction de la Loi, le Christ nous en a rachetés en devenant, pour nous, objet de malédiction, car il est écrit : Il est maudit, celui qui est pendu au bois du supplice (Ga 3, 13 ; Dt 21, 23).

La nuit de la libération du peuple de Dieu

Dans l’Église des trois premiers siècles, où les disciples issus du judaïsme étaient encore nombreux, la nuit pascale fut la célébration unique du mystère de Pâque. Elle était en lien étroit avec la Pâque juive célébrée le 14 du mois de Nisan, le premier des mois du calendrier hébraïque. La première lecture de la messe du Jeudi Saint tirée du chapitre 12 du livre de l’Exode (Ex 12, 1-8 ; 11-14) et qui rapporte le rite de la Pâque juive, garde l’écho de ce rite familial durant lequel on partageait un agneau en souvenir de la sortie d’Égypte.

Mais dès l’origine du christianisme, c’est le dimanche qui est devenu le jour de fête primordial, le mémorial hebdomadaire de la Pâque du Seigneur. C’est ce que le Concile Vatican II a rappelé dans un passage essentiel pour le sens du dimanche chrétien :

L’Église célèbre le mystère pascal, en vertu d’une tradition apostolique qui remonte au jour même de la résurrection du Christ, chaque huitième jour, qui est nommé à bon droit le jour du Seigneur, ou dimanche. Ce jour-là, en effet, les fidèles doivent se rassembler pour que, entendant la Parole de Dieu et participant à l’Eucharistie, ils fassent mémoire de la passion, de la résurrection et de la gloire du Seigneur Jésus, et rendent grâces à Dieu qui les « a régénérés pour une vivante espérance par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts » (1 P 1, 3) (Constitution sur la liturgie, n. 106).

C’est dans cette ligne d’une compréhension pascale du dimanche que  le Concile de Nicée de 325 associera la fête annuelle de Pâque au dimanche en fixant la date de Pâque au dimanche qui suit la première lune de printemps. 

La célébration primitive unique de la Pâque dans la nuit du samedi au dimanche n’en demeure pas moins de grande importance pour le sens des célébrations pascales. Elle était en effet orientée vers le passage du Christ par les eaux de la mort. Elle rassemblait ce qui sera déployé plus tard sous la forme du Triduum, les trois jours saints. Elle célébrait l’accomplissement des promesses faites aux pères et dont la principale réalisation était la libération de l’esclavage en Égypte à travers les eaux de la Mer Rouge. Comme Dieu avait sauvé son peuple des Égyptiens, Dieu par la résurrection, avait sauvé son Fils de la mort. La Pâque juive trouvait dans la Pâque de Jésus, son plein accomplissement.

Il est possible de résumer cette conception primitive de la Pâque comme un quadruple passage : un passage des ténèbres à la lumière : c’était une veille pour le Seigneur qui durait toute la nuit ; un passage du jeûne à la fête, de la tristesse à la joie ; un passage du péché à la grâce et un passage de la mort à la vie nouvelle.   

On a là le sens profond des funérailles chrétiennes : la mort humaine est la Pâque définitive du chrétien même si chacun vit au quotidien et tout au long de sa vie, des formes d’expérience de la mort : maladie, ruptures, échecs. Lors des funérailles, le cierge pascal, l’encensement et l’aspersion du cercueil mettent en lumière un fait essentiel : la mort est l’accomplissement de l’itinéraire baptismal.  Vatican II demandait que le rite des funérailles exprime « de façon plus évidente le caractère pascal de la mort chrétienne ». Le Rituel des funérailles de 1969 reprend la demande conciliaire dès ses premiers mots dans un passage parfaitement clair qui manifeste combien les célébrations pascales éclairent le sens de toute la vie :  

C’est le mystère pascal du Christ que l’Eglise célèbre, avec foi, dans les funérailles de ses enfants. Ils sont devenus par leur baptême membres du Christ mort et ressuscité. On prie pour qu’ils passent de la mort à la vie, qu’ils soient purifiés dans leur âme et rejoignent au ciel tous les saints, dans l’attente de la résurrection des morts et de la bienheureuse espérance de l’avènement du Christ. (Rituel, Praenotanda n°1).

Une nuit de lumière : la victoire sur les ténèbres 

Le mystère pascal est par conséquent non seulement le centre de notre foi mais c’est la joyeuse lumière qui éclaire la vie de ceux qui suivent le Christ. La nuit pascale est paradoxalement une nuit de lumière comme le symbolise la place centrale du cierge pascal, mais aussi les cierges portés par les fidèles et, avec un grand lyrisme, le chant de l’Exultet, qui est une véritable eucharistie de la lumière : 

Exultez dans le ciel, multitude des anges ! 
Exultez, célébrez les mystères divins ! 
Résonne, trompette du salut,  
pour la victoire d’un si grand Roi !

Que la terre, elle aussi, soit heureuse,  
irradiée de tant de feux : 
illuminée de la splendeur du Roi éternel, 
qu’elle voie s’en aller l’obscurité 
qui recouvrait le monde entier ! 

Réjouis-toi, Église notre mère, 
parée d’une lumière si éclatante ! 
Que retentisse dans ce lieu saint 
l’acclamation de tous les peuples !
(…)
Car le pouvoir sanctifiant de cette nuit 
chasse les crimes et lave les fautes, 
rend l’innocence aux coupables et l’allégresse aux affligés. 
Ô nuit de vrai bonheur, 
nuit où le ciel s’unit à la terre, 
où l’homme rencontre Dieu. 

Le cierge pascal n’est pas seulement un signe de joie qui, en quelque sorte, occuperait le centre de la fête. C’est le signe de la présence du ressuscité au milieu de l’assemblée chrétienne. La résurrection est la victoire de la lumière, la victoire de celui qui s’est présenté lui-même comme la lumière du monde dans le grand récit de la guérison de l’aveugle né au chapitre 9 de l’Évangile de St Jean, un texte qui fait partie du parcours des catéchumènes : 

Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. (Jn 9, 4-5).

La Pâque à l’écoute des Écritures

Après des siècles, où elle avait perdu sa place dans l’année chrétienne, la nuit pascale a retrouvé sa dimension fondamentale de grande célébration nocturne depuis une décision du Pape Pie XII en 1951 avant qu’un décret de réforme générale en 1956, ne vienne remodeler l’ensemble des célébrations de la Semaine Sainte.

La réforme liturgique réalisée à la suite de Vatican II a repris et pour une part prolongé ces transformations. Elle a notamment modifié la grande liturgie de la Parole par laquelle l’Église se met à l’écoute des Écritures pour recevoir la lumière du mystère de Pâque. La mort et la résurrection de Jésus ainsi que sa glorification auprès du Père est l’accomplissement du plan divin de salut dans l’histoire. C’est ce que le ressuscité explique aux pèlerins d’Emmaüs : 

Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait (Lc 24, 25-27).

La liturgie de la Parole de la nuit pascale revêt un caractère exceptionnel qui renvoie à l’interprétation des Écritures provenant des premières générations chrétiennes. Elle comporte en effet une première partie avec une série de sept lectures tirées de l’Ancien Testament suivies à chaque fois d’un psaume et d’une oraison. Les oraisons désignent ce qui est en jeu dans cette écoute de la Parole de Dieu : il s’agit d’entendre la promesse d’un Dieu qui renouvelle sans cesse son Alliance avec l’humanité : 

Seigneur Dieu, tu veux nous former à célébrer le mystère pascal en nous faisant écouter l’Ancien et le Nouveau Testament ; ouvre-nous à l’intelligence de ta miséricorde : ainsi la conscience des grâces déjà reçues affermira en nous l’espérance des biens à venir (oraison après la septième lecture).

Puis après le Gloria accompagné de la sonnerie des cloches qui s’étaient tues pendant le triduum, vient la proclamation de la résurrection. Elle trouve son sommet dans le chant solennel de l’Alléluia qui avait disparu depuis le début du Carême et avant tout dans le récit du tombeau vide : les femmes venues au tombeau découvrent que le corps du Seigneur n’y est plus (Lc 24, 1-12). Le mystère de la résurrection se manifeste sous la forme d’une absence. Le signe du tombeau vide invite les croyants à guetter la présence de celui qui a promis : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Il renvoie également à sa présence en tous ceux qui ont besoin de notre présence active : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

Cette proclamation pascale est précédée d’une lecture tirée de la lettre aux Romains (Rm 6, 3b-11) suivie du chant du psaume 117, le psaume pascal par excellence, deux textes qui éclairent la signification de l’annonce de la résurrection. En effet la symbolique pascale et baptismale est celle du passage de la mort à la vie et il faut souligner que ceci touche le Christ et l’ensemble des membres de son corps :  

Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c'est pour Dieu qu'il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ (Rm 6, 8-11).

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux. (Ps 117, 16-17 ; 22-23)

Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ?  

Au soir du dimanche de Pâques, à la messe du soir ou encore à l’office des Vêpres, les prescriptions liturgiques invitent à écouter le récit d’Emmaüs. Dans ce récit empreint de paix et qui a inspiré les poètes comme Patrice de la Tour du Pin ou Didier Rimaud, une phrase peut cependant poser de réelles questions sur le sens de la Pâque : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26).  L’usage du verbe falloir signifie-t-il que Dieu ait laissé son fils mourir en croix ? ou encore Dieu a-t-il voulu que son fils meurt sur la croix afin de venger l’offense du péché ? Le cri de Jésus en croix « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 21) qui résonne dans la célébration des Rameaux désigne le sérieux d’une telle question qui touche le visage même que nous prêtons à Dieu. 

Jésus lui-même a vécu dans sa chair l’expérience brûlante de l’entrée dans la nuit dont on ne voit pas le sens. C’est cette expérience qui consiste à se sentir abandonné que l’on entend parfois en visitant des malades dans un hôpital. C’est cette expérience que beaucoup vivent lors d’une rupture, d’un échec ou d’une grave maladie. La question « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter cela ? » vient vite. Et il faudrait ici relire le livre de Job, ce livre essentiel de l’Ancien Testament qui médite sur le sens de la souffrance sans réponse.  

Lorsque l’homme souffre, qu’il est affronté à sa mort, la question de savoir si Dieu vient le secourir, une question constamment présente dans les psaumes, devient concrète. Le pourquoi de Jésus en croix nous dit que Jésus n’a pas fait semblant. Il a vécu notre humanité totalement.
Le Christ ressuscité garde les stigmates de la Passion même après la résurrection comme il me montre à l’apôtre Thomas qui ne croyait pas : 

Puis Jésus dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » (Jn 20, 27-29)

Le pourquoi de Jésus en croix ne donne pas une réponse à l’homme souffrant, mais il constitue une promesse qui donne son sens à l’expression « ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? ». Le Christ est présent aux côtés de ceux qui vivent sa Passion. Plus même en eux, il continue son œuvre de salut qui ne sera totalement visible que dans le Royaume à venir. 

La dynamique de la nuit pascale 

Selon la célèbre formule de St Augustin qui désigne la nuit pascale comme la « mère de toutes les saintes vigiles » (sermon 219), cette célébration qui est le sommet de l’année chrétienne apparaît comme revêtant un caractère absolument unique. C’est à partir de sa dynamique qu’il est possible d’en percevoir le sens profond. C’est à un déplacement que l’assemblée est convoquée afin d’entrer avec le Christ dans son grand passage déjà souligné plus haut. 

Concrètement ce déplacement part du rassemblement silencieux au début de la nuit autour d’un feu jusqu’à l’envoi final : « Allez dans la paix du Christ, alléluia, alléluia » auquel l’assemblée répond par « Nous rendons grâce à Dieu, alléluia, alléluia ». Alors que l’assemblée n’a été renvoyée ni à la fin de la célébration du Jeudi Saint, ni à celle du Vendredi Saint, puisqu’il s’agissait alors de demeurer avec le Christ dans son passage, la célébration de la nuit pascale, au contraire s’achève par un envoi solennel. Elle est envoyée au monde pour proclamer, par sa vie, la bonne nouvelle de la résurrection : Christ est ressuscité. 

Que la célébration commence à l’extérieur de l’église est donc essentiel à l’intelligence du mystère célébré. L’itinéraire commence par une marche derrière le cierge pascal qui « accomplit » déjà à sa manière les Écritures en tant que celles-ci introduisent dans une expérience de passage. Cet itinéraire culmine avec le chant de l’Exultet, chant de la proclamation pascale dont le ton lyrique autorise des formules qui peuvent paraître insensées : « O bienheureuse faute qui nous valut un tel rédempteur ».  

Mais à travers la grande liturgie de la Parole dont on a vu l’ampleur et la signification, la dynamique de la nuit pascale trouve son sommet dans la célébration des sacrements de l’Initiation chrétienne, c’est-à-dire les baptêmes (ou le rite baptismal) et l’eucharistie. A travers les catéchumènes, c’est toute l’Église (et pas seulement les candidats au baptême) qui est à nouveau plongée dans les eaux qui sont source de vie. A travers la célébration eucharistique, c’est toute l’Église qui est invitée à la table du Seigneur. 

La liturgie byzantine de Pâques exprime avec une joie sereine et dans une forme d’exultation ce mystère de notre invitation au banquet céleste à travers un sermon de St Jean Chrysostome :

Que tout homme pieux et ami de Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité ! Que tout serviteur fidèle entre avec allégresse dans la joie de son Seigneur ! (Mt 25,21) Celui qui a porté le poids du jeûne, qu'il vienne maintenant toucher son denier. Celui qui a travaillé depuis la première heure, qu'il reçoive aujourd'hui le juste salaire. Celui qui est venu après la troisième heure, qu'il célèbre cette fête dans l'action de grâces. Celui qui est arrivé après la sixième heure, qu'il n'ait aucun doute, il ne sera pas lésé. Si quelqu'un a tardé jusqu'à la neuvième heure, qu'il approche sans hésiter. S'il en est un qui a traîné jusqu'à la onzième heure, qu'il n'ait pas honte de sa tiédeur, car le Maître est généreux, il reçoit le dernier comme le premier ; il accorde le repos à l'ouvrier de la onzième heure comme à celui de la première ; il fait miséricorde à celui-là, et comble celui-ci. Il donne à l'un, il fait grâce à l'autre. (Mt 20,1-16) Il accueille les pauvres et reçoit avec tendresse la bonne volonté ; il honore l'action et loue le bon propos.

Ainsi donc, entrez tous dans la joie du Seigneur ! Premiers et derniers, recevez la récompense. Riches et pauvres, chantez en cœur tous ensemble. Les vigilants comme les nonchalants, honorez ce jour. Vous qui avez jeûné, et vous qui n'avez pas jeûné, réjouissez-vous aujourd'hui. La table est préparée, mangez-en tous (Mt 22,4) ; le veau gras est servi, que nul ne s'en retourne à jeun (Lc 15,23). Jouissez tous du banquet de la foi, au trésor de la bonté. Que nul ne déplore sa pauvreté, car le Royaume est apparu pour tous. Que nul se lamente de ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau. Que nul ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous en a libérés. Il a détruit la mort, celui que la mort avait étreint ; il a dépouillé l'enfer, celui qui est descendu aux enfers. 

(…) Christ est ressuscité et les démons sont tombés ; Christ est ressuscité et les anges sont dans la joie ; Christ est ressuscité et voici que règne la vie. Christ est ressuscité et il n'est plus de morts dans les tombeaux ; car le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis (1 Co 15,20). À lui gloire et puissance dans les siècles des siècles ! Amen. 
 

P. Prétot, Paques 2025

 

Pour des textes d'hymnes ou de chants pour la veillée pascale.
Pour des textes d'hymnes ou de chants pour le samedi saint.

 

  • Sacrosanctum Concilium 16

    Extrait de la Constitution Sacrosanctum Concilium

    Formation liturgique des clercs.

    SC 16. L'enseignement de la liturgie dans les séminaires et les maisons d'études des religieux doit être placé parmi les disciplines nécessaires et majeures, et dans les facultés de théologie parmi les disciplines principales ; et il faut le donner dans sa perspective théologique et historique aussi bien que spirituelle, pastorale et juridique. En outre, les maîtres des autres disciplines, surtout de théologie dogmatique, d'Écriture Sainte, de théologie spirituelle et pastorale, se préoccuperont, selon les exigences intrinsèques de chaque objet propre, de faire ressortir le mystère du Christ et l'histoire du salut, si bien qu'on voie apparaître clairement le lien de ces disciplines avec la liturgie et l'unité de la formation sacerdotale. 

    ►  Voir commentaire dans La Maison-Dieu 77, 1964

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