Le Jeudi saint : mémoire de la Cène du Seigneur
Lavement des pieds durant la célébration de la messe du Jeudi saint
La nuit même où il fut livré, il prit le pain...
Avec le soleil couchant du jeudi de la semaine sainte, commence le Triduum pascal : une grande célébration qui dure trois jours pour faire mémoire de la Pâque du Seigneur. Il commence par la messe du jeudi saint, qui est la célébration de l’offrande du Christ à la Cène, passera par l’office de la Passion du vendredi saint, restera comme en suspens avec le grand silence du samedi saint, pour se déployer dans la grande Veillée pascale qui nous fait passer au dimanche de Pâque, cœur et sommet de toute l’année liturgique.
« À l'heure du plus grand amour,
sous l'habit du serviteur,
tu partages à tes disciples
le fruit du jardin de la souffrance,
et nous invites à la joie du Royaume.
Béni sois-tu, Agneau Pascal,
pour ce don de la vie. »
Tropaire du jeudi saint, CFC, Fr. Maurice
Le jeudi saint aborde le grand passage de la Pâque par l’institution de l’eucharistie opérée par notre Seigneur Jésus Christ, la veille de sa passion. Car : « Son sacrifice est tellement décisif pour le salut du genre humain que Jésus Christ ne l'a accompli et n'est retourné vers le Père qu'après nous avoir laissé le moyen d'y participer comme si nous y avions été présents. (Jean-Paul II, Ecclesia de eucharistia n.11) » Et ce moyen, c’est l’eucharistie par laquelle nous faisons mémoire de sa passion, de sa mort et de sa résurrection, de son ascension et de l’envoi de son Esprit Saint, selon la consigne même que Jésus nous a laissé : « vous ferez cela en mémoire de moi ».
C’est donc bien cela qui prime dans la célébration du jeudi saint : célébrer l’offrande du Christ lors de la Cène, qui annonce, préfigure et inaugure son sacrifice de la croix. C’est ce que soulignent les paroles de l’évangéliste Jean : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » (Jean 13, 1). Chaque mot a son importance : la Pâque est proche – la Pâque qu’Israël célèbre chaque année en mémoire des merveilles que Dieu fit en les libérant de l’esclavage – cette Pâque qui devient celle du Christ Jésus qui se fait Agneau de Dieu ; l’heure du grand passage de Jésus ; le moment du signe définitif d’amour jusqu’à l’extrême.
Un geste majeur marque cette célébration du jeudi saint : le rite du lavement des pieds, qui reprend ce que Jésus lui-même fit à ses disciples. C’est d’ailleurs ce passage de l’évangile de Jean (Jn 13, 1-15) qui est proclamé, après la proclamation de l’institution de l’eucharistie selon saint Paul, dans la 1e lettre aux Corinthiens (11, 23-26). Ainsi, après l’homélie, quelques personnes s’avancent pour s’asseoir sur des sièges prévus à cet effet, et le prêtre qui préside la célébration – après avoir ôté sa chasuble et revêtu un tablier – verse de l’eau sur le(s) pied(s) de chacun, puis les essuie. Ainsi, le ministre ordonné nous donne à percevoir que « celui qui n’est pas venu pour être servi mais pour servir » (Mt 20, 28), nous invite et nous appelle nous-aussi à servir nos frères et sœurs. Plus encore, en suivant les commentaires des Pères de l’Eglise, qui avaient bien repéré que le récit du lavement des pieds prenait « la place » du récit de l’institution de l’eucharistie dans l’évangile de Jean, ce geste proclame qu’il n’y a d’eucharistie vraie que lorsque celle-ci fait de nous les membres du corps du Christ serviteur de tous, et en particulier des plus petits et des plus fragiles.
Sur un plan plus pastoral mais important quant au signe qui est donné, on peut noter ce que précise le décret In missa in cena Domini, de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements (à la demande du pape François) : le groupe des personnes choisies pour ce geste « est composé d’hommes et de femmes et, comme il convient, de jeunes et d’anciens, de personnes en santé ou malades, de clercs, de consacrés et de laïcs »
La célébration du jeudi saint ne comporte pas d’envoi (la célébration du vendredi saint la prolonge, d’une certaine manière). Elle se termine par le transfert du Saint-Sacrement au tabernacle, par une procession qui traverse l’Eglise. Le ciboire contenant la réserve eucharistique est déposé dans le tabernacle, puis encensé tandis qu’on chante le Tantum ergo sacramentum, ou un chant équivalent. Puis le tabernacle est fermé, et un temps d’adoration silencieuse peut être proposé aux fidèles devant le tabernacle.
Dans l’histoire de la liturgie, le jeudi saint a compté jusqu’à trois messes selon les époques. A Jérusalem, au IVe siècle selon le récit de la Pélerine Égérie, il y en avait deux. L’une qui marquait la fin des quarante jours du Carême (et de son jeûne), l’autre qui commémorait l’institution de l’eucharistie. Plus tard, comme à Rome au VIIe siècle, on y célébrait aussi la réconciliation des pénitents qui, après un Carême de lourde pénitence, pouvaient ainsi s’avancer pour participer à l’eucharistie pascale. Saint Pie V imposa que la messe du jeudi saint fut célébrée le matin, avant midi, la « sortant » ainsi en quelque sorte du Triduum (qui commence avec le coucher du soleil du jeudi). C’est Pie XII qui, dans sa réforme de 1955, restaure la célébration du jeudi saint en soirée, avec le rite du lavement des pieds.
Le jeudi saint est aussi, depuis l’antiquité le jour de célébration de la messe chrismale au cours de laquelle l’évêque, entouré de son presbyterium, avec les diacres et l’ensemble des fidèles rend grâce à Dieu, bénis les saintes huiles (des catéchumènes et des malades) et consacre le saint-chrême. La dernière réforme liturgique, issue du concile Vatican II, a donné la possibilité de célébrer cette messe un autre jour de la semaine sainte, pour faciliter la participation de tous (en particulier des prêtres des paroisses du diocèse), et Paul VI y a ajouté la rénovation des promesses sacerdotales des prêtres envers l’évêque, faisant ainsi de cette célébration particulière, une figure majeure de l’Eglise locale faisant mémoire de la Pâque du Christ. Dans la plupart des diocèses, la messe chrismale est célébrée le lundi, le mardi ou le mercredi saint, et constitue en effet une célébration diocésaine majeure.
Ph. Barras
Pour d'autres informations :
- le site du SNPLS qui présente les rubriques du Missel romain pour le Triduum
- des textes et hymnes pour ce jour sur le site de la CFC
- le site AELF pour les lectures du jeudi saint
- le décret In Missa in Cena Domini
~~~
« Vraiment, il est juste et bon,
pour ta gloire et notre salut,
de t’offrir notre action de grâce,
toujours et en tout lieu,
Seigneur, Père très saint,
Dieu éternel et tout-puissant,
par le Christ, notre Seigneur.
Il est le Prêtre éternel et véritable,
qui institua le sacrement destiné à perpétuer son sacrifice ;
il s’est d’abord offert à toi en victime pour notre salut
et nous a prescrit de faire cette offrande
en mémoire de lui.
Quand nous recevons sa chair immolée pour nous,
nous sommes fortifiés ;
quand nous buvons le sang qu’il a versé pour nous,
nous sommes purifiés.
C’est pourquoi, avec les anges et les archanges.... »
(Préface, Missel romain, éd. 2021, avec autorisation @AELF)
Sacrosanctum Concilium