Le Vendredi saint : célébration de la Passion du Seigneur — Ressources liturgiques - Association Sacrosanctum Concilium

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Se connecter à l'espace privé
Menu

Moteur de recherche

Le moteur de recherche 🔍 permet de retrouver n’importe quel document à partir des mots qu’il contient sur l’ensemble du site. Pour plus d’efficacité, n’hésitez pas à indiquer plusieurs mots significatifs. Mieux encore, mettez une locution complète entre guillemets (par ex. un titre ou sous-titre).

Si vous voulez retrouver spécifiquement un texte officiel, sachez le domaine de la Bibliothèque a un système de recherche propre : titre du document, auteur, type de document, période de publication du document.

 

Lire la suite / mode d'emploi complet

Le Vendredi saint : célébration de la Passion du Seigneur

Chemin de croix. Prêtre sortant la croix de l'église Saint-Ambroise, lors du Vendredi Saint. Paris

L’office du vendredi saint commence en silence par une grande prosternation du prêtre et l’agenouillement de l’assemblée. Mieux que tout discours, ce geste inaugural désigne la nature de cette célébration : non pas une liturgie « triste », centrée sur la Passion, mais un office dont la gravité oriente vers l’adoration. Ainsi se trouve symbolisé le passage de la mort (position couchée sur le sol) à la vie (la station debout), du silence à la parole d’action de grâces et de l’humiliation de la croix à la gloire de la résurrection.

Voici le bois de la Croix qui a porté le salut du monde.
R/ Venez, adorons !   


Dans la liturgie de la Parole, après le poème du serviteur (Isaïe 52) et la méditation de la Lettre aux Hébreux sur le sacerdoce du Christ, la proclamation de la Passion selon St Jean revêt un caractère exceptionnel : elle peut être chantée mais surtout il est prévu de la proclamer à plusieurs voix. Il ne faut pas voir en cela une sorte de théâtre qui ferait revivre l’histoire comme si nous y étions. La liturgie donne à entendre l’effacement progressif de la voix du Christ, une manière de le rejoindre dans sa mort pour nous laisser ressusciter avec lui comme témoins de sa résurrection.

Il s’agit de communier à la Passion en faisant nôtre la prière du Christ affronté à la mort, et qu’il continue d’adresser à son Père en communion avec tous ceux qui souffrent : « En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ; garde-moi d’être humilié pour toujours » (Ps 30). La liturgie nous plonge ainsi dans le mystère du Christ dont la mort est la « cause du salut ».

C’est pourquoi une grande prière solennelle prolonge cette écoute : devant le Christ en croix, l’Église présente les demandes de tous ceux pour lesquels le Christ a donné sa vie. Dans ces intercessions, chaque fois constituées de la succession succession : « invitatoire – silence – prière », c’est la voix de l’Église de tous les temps et de tous les lieux qui se fait entendre : on prie pour l’Église, pour les ministres, pour les fidèles et les catéchumènes, mais aussi pour les juifs, les croyants des autres religions, ceux qui ne croient pas en Dieu et encore pour tous ceux qui sont dans l’épreuve. Ce formulaire vient de très loin (IVe-Ve siècles) et constitue une forme « exemplaire » de la prière chrétienne. A ce titre, ce formulaire du Vendredi Saint mérite un respect littéral car c’est par excellence la prière « universelle » non seulement par l’ampleur de ses motifs mais aussi par le fait qu’elle garde la mémoire de l’intercession permanente de l’Église au cours de l’histoire. Il s’agit donc de nous laisser façonner par un grand courant de prière qui nous précède afin d’entrer plus profondément dans le mystère de la prière du Christ, qui dépasse nos horizons toujours trop étroits.

Le rite de la vénération de la croix est un geste de grande portée spirituelle. En latin, on utilise le terme adoratio, et il a été traduit par l’édition francophone comme « adoration de la croix ». Certes on n’adore que Dieu seul et par conséquent, on ne peut adorer un objet. En réalité, ce terme renvoie non à une attitude spirituelle mais à une attitude corporelle à laquelle invite l’hymne aux Philippiens, lue dans la célébration des Rameaux :

Le Christ Jésus (…) s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix (…) C’est pourquoi Dieu l’a élevé au dessus de tout (…) afin qu’au nom de Jésus, tout être vivant tombe à genoux (Ph 2).

Par ce rite, qui a sa source à Jérusalem au IVe siècle, les chrétiens confessent leur foi : la croix ne demeure pas l’instrument de mort et de torture qu’elle fut pour Jésus de Nazareth, mais, parce que le Christ est ressuscité, elle est devenue le signe de sa victoire sur la mort, comme le dit avec force un vieux cantique : « Victoire tu règneras, Ô croix tu nous sauveras ! ».

La célébration s’achève sur un rite de communion qui commence par la récitation du Notre Père. La communion est distribuée à partir de la réserve conservée la veille au soir lors de la messe du Jeudi Saint. On ne célèbre donc pas la messe : comme pour la vénération de la croix, et en lien avec elle, il s’agit de communier à la Passion du Sauveur dans l’espérance de la résurrection.

Dans un monde qui tend à effacer la mort (on la cache pour mieux l’oublier) ou qui au contraire, l’étale parfois avec complaisance (elle est omniprésente dans les médias), l’office du Vendredi Saint proclame la foi pascale : « de la mort a jailli la vie ». Il ne faut jamais séparer les deux faces du mystère pascal : si l’on se souvient de la mort du Seigneur, c’est parce que nous croyons en sa résurrection. Le chant de l’adoration de la croix (bien connu en latin grâce à Taizé, Crucem tuam) le résume parfaitement :

Ta croix Seigneur, nous la vénérons, et ta sainte résurrection, nous la chantons :
C’est par le bois de la croix que la joie est venue sur le monde.

F. Patrick Prétot          

~ ~ ~ ~

Pour d'autres informations

~ ~ ~ ~

SERMON DE SAINT LÉON LE GRAND POUR LA PASSION
Gloire et puissance de la croix.


Le Seigneur est livré à ceux qui le haïssent. Pour insulter sa dignité royale, on l'oblige à porter lui-même l'instrument de son supplice. Ainsi s'accomplissait l'oracle du prophète Isaïe : Il a reçu sur ses épaules le pouvoir. En se chargeant ainsi du bois de la croix, de ce bois qu'il allait transformer en sceptre de sa force, c'était certes aux yeux des impies un grand sujet de dérision mais, pour les fidèles, un mystère étonnant : Le vainqueur glorieux du démon, l'adversaire tout-puissant des puissances du mal, présentait sur ses épaules, avec une patience invincible, le trophée de sa victoire, le signe du salut, à l'adoration de tous les peuples.

Comme la foule allait avec Jésus au lieu du supplice, on rencontra un certain Simon de Cyrène, et on fit passer le bois de la croix des épaules du Seigneur sur les siennes. Ce transfert préfigurait la foi des nations, pour qui la croix du Christ devait devenir, non un opprobre, mais une gloire. En vérité, le Christ, notre Pâque, a été immolé. Il s'est offert au Père en sacrifice nouveau et véritable de réconciliation, non dans le Temple, dont la dignité avait déjà pris fin, mais à l'extérieur et hors du camp, pour qu'à la place des victimes anciennes dont le mystère était aboli, une nouvelle victime fût présentée sur un nouvel autel, et que la croix du Christ fût cet autel, non plus du temple, mais du monde.

Devant le Christ élevé en croix, il nous faut dépasser la représentation que s'en firent les impies, à qui fut destinée la parole de Moïse : Votre vie sera suspendue sous vos yeux, et vous craindrez jour et nuit, sans pouvoir croire à cette vie. Pour nous, accueillons d'un cœur libéré la gloire de la croix qui rayonne sur le monde. Pénétrons d'un regard éclairé par l'Esprit de vérité le sens de la parole du Seigneur annonçant l'imminence de sa Passion : C'est maintenant le jugement du monde, c'est maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors. Et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tout à moi.

Ô admirable puissance de la croix ! Ô gloire inexprimable de la Passion ! En elle apparaît en pleine lumière le jugement du monde et la victoire du Crucifié ! Oui, Seigneur, tu as tout attiré à toi ! Alors que tu avais tendu les mains tout le jour vers un peuple rebelle, le monde entier comprit qu'il devait rendre gloire à ta majesté. Tu as tout attiré à toi, Seigneur, puisque, le voile du temple déchiré, le saint des saints devenu béant, la figure a fait place à la réalité, la prophétie à son accomplissement, la Loi à l'Évangile. Tu as tout attiré à toi, Seigneur, puisque la piété de toutes les nations célèbre partout, au vu et au su de tous, le mystère qui jusqu'alors était voilé sous des symboles dans un temple unique de Judée.

Ta croix, ô Christ, est la source de toutes les bénédictions, la cause de toute grâce. Par elle, les croyants tirent de leur faiblesse la force, du mépris reçu la gloire, et de la mort la vie. Désormais, l'unique offrande de ton corps et de ton sang donne leur achèvement à tous les sacrifices, car tu es, ô Christ, le véritable Agneau de Dieu, toi qui enlèves le péché du monde. L'ensemble des mystères trouve en toi seul son sens plénier : au lieu d'une multitude de victimes, il n'y a plus qu'un unique sacrifice.

Répons

                  (Stance) Ces hommes méprisés,                  
ces femmes humiliées,
ces enfants que tout rejette,
ces meurtris, ces torturés,
tous ces visages bafoués :
Seigneur Jésus,
c'est toi qui me regardes.

R/ Oserons-nous reconnaître
celui qui fut transpercé ?

Comme un surgeon,
il grandit devant nous,
comme une racine en terre aride.

Il n'a ni beauté, ni éclat,
homme des douleurs,
rebut d'humanité.

Mais ce sont nos souffrances qu'il porte,
nos misères dont il est accablé.

Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui,
et c'est grâce à ses plaies
que nous sommes guéris.

(AELF — Office des lectures — 3 avril. 2026)

Voir plus
Semaine sainte et Triduum pascal

La Semaine sainte ne doit pas être isolée du Carême dont elle constitue l'achèvement. Utime préparation du peuple chrétien à entrer dans la Pâque de son Seigneur, elle est la « la [...]

  • Sacrosanctum Concilium 29

    Extrait de la Constitution Sacrosanctum Concilium

    SC 29. Même les servants, les lecteurs, les commentateurs et ceux qui appartiennent à la Schola cantorum s'acquittent d'un véritable ministère liturgique. C'est pourquoi ils exerceront leur fonction avec toute la piété sincère et le bon ordre qui conviennent à un si grand ministère, et que le peuple de Dieu exige d'eux à bon droit.          
    Aussi faut-il soigneusement leur inculquer l'esprit de la liturgie, selon la mesure de chacun, et les former à jouer leur rôle de façon exacte et ordonnée. 

    ►  Voir commentaire dans La Maison-Dieu 77, 1964

    En savoir plus sur cet extrait