Le catéchuménat (baptême d'adultes) — Ressources liturgiques - Association Sacrosanctum Concilium

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Le catéchuménat (baptême d'adultes)

Le catéchuménat désigne, par extension, le processus de baptême (initiation chrétienne) des adultes et des jeunes, par lequel ils sont initiés dans le baptême, la confirmation et la 1e eucharistie. Les enfants en âge scolaire (au-delà de 7 ans) bénéficient d'un processus rituel analogue.

Le concile Vatican II (Constitution sur la sainte liturgie n°64 et 66) a restauré la pratique ancienne du baptême des adultes, tel qu'il se pratiquait dans les premiers siècles. En effet, progressivement au cours de l'histoire, l'Eglise a baptisé essentiellement des enfants, et même des bébés proches de la naissance pour leur offrir la possibilité de salut (la mortalité infantile étant encore élevée). Le processus rituel étalé en plusieurs étapes et déployant une véritbale initiation pour les adultes avait donc disparu dans cette forme (toutes les étapes étant rassemblées en une célébration tiruelle unique).

  • Ce processus se caractérise par trois étapes majeures, déterminant quatre périodes :
    • Cela commence par le temps de la première évangélisation, qui vise l'annonce de la foi pour que le sympathisant sache vers quoi il veut s'engager.
  • Vient alors la 1 étape : l'entrée en catéchuménat. Au cours d'une célébration publique, il est accueilli au sein de l'Eglise comme catéchumène, demandant le baptême.
    • Le second temps est donc celui du catéchuménat, dont la durée est variable, et qui permet au catéchumène d'être initié. Ce véritbale temps d'apprentissage et d'éducation, lui permet de découvrir davantage les Ecritures, d'apprendre à connaître Jésus le Christ, de célébrer le Seigneur en lui rendant grâce et en lui demandant son aide et son soutien, de commencer à vivre de l'Evangile, selon les valeurs chrétiennes, et de témoigner de ce que l'Esprit de Dieu réalise en lui.
  • Vient ensuite la 2e étape, lorsque le catéchumène est suffisamment avancé pour envisager son baptême:  c'est l'Appel décisif, qui a lieu au tout début du temps du Carême. Au cours de cette célébration présidée par l'évêque, le candidat se laisse conduire par le Seigneur : il est appelé par l'Eglise à recevoir le baptême.
    • Cette étape inaugure le temps de l'illumination et de la purification, une préparation ultime avec ses rites qui prépare le catéchumène à recevoir les sacrements de l'initiation.
  • Vient alors la 3e étape qui a lieu dans la Veillée pascale au cours de la Pâque : le catéchumène y est alors baptisé, il est oint avec la marque de l'Esprit Saitn (confirmation) et il communie pour la première fois.
    • S'ensuit le temps de la mystagogie qui déploie la grâce des sacrements tout au long du temps pascal jusqu'à la Pentecôte.

​[Le processus pour les enfants en âge de scolarité est sensiblement identique, avec cependant des adaptations dues à l'âge des candidats. Ainsi :
- Une étape préalable est ajoutée, appelée « Accueil de la demande », qui permet aux accompagnateurs de marquer auprès de l'enfant que sa demande a bien été entendue.
- L'appel décisif par l'évêque (2e étape) n'est pas prévu ; c'est le rite des scrutins (rite proposé durant la préparation ultime) qui en fait office.
- Les sacrements ne sont pas célébrés systématiquement au cours de la Veillée pascale, mais prioritairement durant le temps de Pâques.
- Habituellement, le sacrement de confirmation est reporté ultérieurement afin que l'enfant puisse le recevoir en même temps que les autres enfants qui ont été baptisés bébés.]

Les grandes caractéristiques du processus d'initiation chrétienne des adultes

L’itinéraire proposé par le rituel des adultes est structuré. Il l’est par des temps successifs mais surtout par des étapes que l’on peut qualifier de décisives. Les deux premières étapes (Entrée en catéchuménat et Appel décisif) marquent une transformation progressive constante jusqu’à la célébration des sacrements (3e étape). De plus, le Rituel prévoit également d’autres étapes importantes durant la « Préparation ultime » : ce sont les scrutins. Ainsi, plus on s’approche de la célébration des sacrements, plus le temps est ritualisé, balisé par des étapes marquant la progression. Mais, par ailleurs, entre ces étapes, et surtout durant le temps du catéchuménat, d’autres moments significatifs sont prévus. Appelons-les « balises flottantes ». Balises : parce qu’ils constituent des moments clef, des petites étapes marquant la progression dans le cheminement des personnes. Flottantes : parce qu’elles interviennent selon les besoins, selon le cheminement de la personne. Ce sont[1] des célébrations de la Parole, des bénédictions, des exorcismes, des onctions, des rencontres significatives, etc. Ces balises flottantes permettent et favorisent une multitude d’itinéraires possibles. C’est pourquoi on peut affirmer que l’Initiation chrétienne des adultes, telle que le décrit le Rituel, est la proposition d’un itinéraire bien structuré, balisé, et en même temps multiple, c’est-à-dire adaptable aux groupes et aux personnes de manière à favoriser les divers cheminements de ceux que l’Église accueille. 

La particularité de ces étapes marquantes et ecclésiales est qu’elles sont liturgiques. Et ce sont elles qui structurent l’itinéraire. En effet, il ne s’agit pas d’un parcours dans lequel quelques célébrations viennent valoriser la progression qui s'opère au long du chemin. La perspective est exactement inverse : ce sont les étapes qui constituent et structurent l’itinéraire. Parmi ces étapes, certaines sont décisives et réunissent l’ecclesia (plus large que le petit groupe) ; d’autres sont des étapes ad libitum, adaptées au cheminement de chacun et constituant de véritables balises flottantes (célébrations de la Parole, bénédictions, onctions, exorcismes, etc.). Dans ces étapes décisives ou flottantes, la dimension liturgique favorise l’expérience même de la rencontre du Christ présent au milieu de son peuple par son Esprit (d’où l’importance des symboles, des rites, de la place donnée à chacun, etc.).

Les « temps » qui relient ces étapes, les préparent et les déploient de manière à ce qu’elles ne restent pas des événements successifs selon un rythme aléatoire, mais constituent bien un itinéraire qui favorise le cheminement progressif de chacun. Dans la mesure où ces temps déploient un avant et un après des étapes, ils sont un lieu privilégié de relecture : relecture de ce qui se joue dans la vie de chacun, de la manière dont l’Esprit agit dans le cheminement de chacun et dans la vie de l’Église ; relecture de ce qui s’est joué lors des célébrations et lors des échanges en groupe.

Un itinéraire à durée limitée pour un chemin jamais achevé

L’initiation chrétienne, telle que définie, est un processus sacramentel délimité dans le temps, qui a une durée définie et donc un achèvement, comme pour toute période d’initiation, à la fin du temps de mystagogie. Mais ce qui caractérise particulièrement l’initiation chrétienne qui nous fait passer avec le Christ de la mort à la vie, à travers les trois sacrements le déclinant de manière complémentaire, nous laisse percevoir que ce passage n’est jamais totalement terminé. Il commence, certes, avec les sacrements de l’initiation chrétienne, mais il se poursuit durant toute l’existence jusqu’au grand passage de la mort, et jusqu’à la parousie. Autrement dit, l’initiation chrétienne est à la fois bien définie dans une durée limitée ; et, par ailleurs, ce qu’elle nous propose est à vivre tout au long de l’existence. Ce que marque bien la célébration hebdomadaire de l'eucharistie et annuelle de la Pâque. Comment, alors, ne pas envisager le processus rituel de l’initiation chrétienne comme modélisant pour toute catéchisation et même, au-delà, pour toute pastorale déployée tout au long de la vie ? 

Cela conduit à articuler les sacrements comme événements (rencontre personnelle et communautaire avec le Christ) au processus sacramentel (le temps déterminé que prévoit le rituel) et à la vie sacramentelle tout au long de l’existence. On est baptisé (initié) une seule fois, au cours d’un processus déployé et limité, pour mener une vie baptismale et eucharistique. Autrement dit, le processus de l’initiation chrétienne n’a pas son but en lui-même : l’enjeu n’est pas seulement de préparer, ni même de se préparer à un événement, même si cela est très important. L’enjeu n’est pas non plus, seulement, de faire passer un message, de faire sien un ensemble de doctrines ou de règles de vie. L’enjeu de tout processus qui s'inspire du catéchuménat est d’ouvrir et d’inscrire un chemin, celui de nos propres existences, en relation avec le Dieu trinitaire et avec nos frères et sœurs, par le Christ mort et ressuscité, et l’envoi de son Esprit. 

C'est le Christ qui initie

Un tel itinéraire proposé permet et favorise le cheminement propre de chacun, en rapport avec d’autres et progressivement avec l’Église entière. Un cheminement marqué par la parole de Dieu, entendue et accueillie dans la liturgie, partagée et comprise en petits groupes ; cheminement dans lequel se joue la conversion de chacun (accompagnés et accompagnants). Nous retrouvons ici, notamment, les quatre piliers du catéchuménat : tout processus de type catéchuménal gagne à développer tout à la fois, l’écoute de la Parole dans les saintes Écritures, la conversion de tout l’être (le retournement pour choisir librement de suivre le Christ), la participation à la prière liturgique, la rencontre et le partage communautaire en Église. Mais – et on le perçoit bien à la lecture attentive du Rituel –, c’est Dieu qui a l’initiative tout au long du chemin. C’est lui qui appelle, qui convoque, qui offre sa grâce. C’est Christ qui initie, c’est avec lui que se fait le cheminement, en écoutant sa Parole, en passant avec lui de la mort à la vie. C’est son Esprit qui agit dans le cœur de chacun pour l’aider à grandir dans la relation filiale au Dieu de Jésus Christ. Quant à ceux qu’on appelle les accompagnateurs, ils sont – selon la merveilleuse expression du Texte national d’orientation pour la catéchèse – des « aînés dans la foi »[2]. C’est-à-dire à la fois des témoins et des passeurs. Témoins de ce que le Christ fait vivre en eux par son Esprit. Passeurs à la manière de celui qui fait traverser le fleuve pour parvenir ensemble sur l’autre rive. Cela demande beaucoup d’humilité, de douceur et de patience (Col. 3, 12) ; cela demande de renoncer à maîtriser ce que devient l’autre (et donc aussi l’action de l’Esprit) ; cela demande de se laisser atteindre et évangéliser par ceux que nous accompagnons. Les accompagnateurs du catéchuménat qui ont déjà fait cette expérience fondamentale ont beaucoup à apporter à l'ensemble des forces pastorales de l'Église. 

Philippe Barras (extrait de l'article « Le processus rituel de l'initiation chrétienne: un modèle pastoral ? », LMD 273, (2013/2)

[1]          Cf. ce que propose le Rituel de l’Initiation chrétienne des adultes pour le temps du catéchuménat et la préparation ultime : n°103 §3 ; n°106-125.
[2]          Texte national d'orientation pour la catéchèse en France, Conférence des évêques de France, éd. Bayard / Cerf / Fleurus Mame, 2006,  p. 53.

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Quelques références essentielles :

  • Louis-Marie Chauvet, « Étapes vers le baptême ou étapes du baptême ? », La Maison-Dieu 185 (1991/1)
  • Dominique Lebrun, Odette Sarda, « L'édition définitive du Rituel de l'Initiation Chrétienne des Adultes », La Maison-Dieu 207 (1996/3)
  • Jean-Louis Souletie, « Les enjeux de la mise en oeuvre du Rituel de l'initiation chrétienne des adultes », LMD 273, (2013/1), 13-21
  • Isaïa Gazzola et Roland Lacroix, « Liturgie et vie chrétienne : une articulation en tension dans le Rituel de l'initiation chrétienne des adultes », LMD 273, (2013/1), 93-124 
  • Joseph Gelineau, dir., Dans vos assemblée - Manuel de pastorale ltiurgique, Desclée, 1998
  • CNPL, Guide pastoral du Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, éd. du Cerf, Coll. Guides Célébrer n°8, 2005 
  • Roland Lacroix et Isaïa-Claudio Gazzola, dir., Initier à la vie chrétienne : un chemind e conversion, Cerf Patrimoine, 2025

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    ► Voir commentaire dans La Maison-Dieu 77, 1964

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