15 août : Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie
Solennité
" Seigneur Dieu, tu t’es penché sur ton humble servante, la bienheureuse Vierge Marie ; tu lui as fait la grâce incomparable de devenir, selon la chair, la mère de ton Fils unique, et tu l’as couronnée aujourd’hui d’une gloire sans pareille ; puisque nous sommes sauvés par le mystère de la rédemption, accorde-nous, à sa prière, d’être élevés dans ta gloire " (Missel romain, collecte du 15 août, messe de la veille au soir).
Le 15 août dans les fêtes mariales
Dans l’année liturgique actuelle la fête du 15 août est l’une des trois grandes fêtes mariales qui ont rang de « solennité ». Elle prend place entre la fête de Marie Mère de Dieu au 1er janvier qui renvoie à la confession de foi du Concile d’Ephèse (431) et celle de l’Immaculée Conception au 8 décembre, un dogme catholique proclamé par Pie IX en 1854. Mais en dehors de plusieurs fêtes mineures (comme celle du 11 février, Notre-Dame de Lourdes) deux autres célébrations mariales, ayant le rang de « fête », donnent une place très particulière à l’expression liturgique de la piété mariale : la Visitation de la Vierge Marie (31 mai) et la Nativité de la Vierge Marie (8 septembre).
On peut noter que la révision de l’année liturgique à la suite du Concile Vatican II a redonné aux fêtes du 2 février et du 25 mars – longtemps considérées comme fêtes mariales - le titre de « fêtes du Seigneur » en mettant au centre le mystère du Christ qui structure toute l’année liturgique chrétienne. Même si dans ces deux fêtes certes, la figure mariale est bien sûr présente voire essentielle, il s’agit d’une part de « la Présentation du Seigneur au Temple » et d’autre part « de l’Annonciation du Seigneur ».
Dans l’exhortation apostolique sur le culte de la Vierge Marie, publiée le 2 février 1974, le Pape Paul VI désignait ainsi cette solennité du 15 août en la plaçant dans le sillage de la foi chrétienne en la résurrection du Christ :
La solennité du 15 août célèbre la glorieuse Assomption de Marie au ciel ; fête de son destin de plénitude et de béatitude, de la glorification de son âme immaculée et de son corps virginal, de sa parfaite configuration au Christ ressuscité. C’est une fête qui propose à l’Église et à l’humanité l’image et la confirmation consolante que se réalisera l’espérance finale : cette glorification totale est en effet le destin de tous ceux que le Christ a fait frères, ayant avec eux « en commun le sang et la chair » (He 2, 14 ; cf. Ga 4, 4) (Marialis cultus, n. 5).

Assomption et Dormition
Dans le passé en effet, l’Assomption faisait partie des quatre grandes fêtes mariales qui dès le VIIe s. était considérées à Rome comme majeures et faisaient l’objet d’une procession : Annonciation à Marie (25 mars), « Dormition » et plus tard, en Occident, « Assomption » (15 août) Nativité de Marie (8 septembre) et enfin Présentation au temple (2 février). On a même parfois associé ces quatre fêtes aux quatre saisons (dans l’ordre : printemps pour le 25 mars, été pour le 15 août, automne pour le 8 septembre et hiver pour le 2 février).
Au départ, assignée au 18 janvier, c’est sous l’empereur romain d’Orient Maurice (539-602) que l’on se met à célébrer cette fête au 15 août probablement en lien avec l’anniversaire de la dédicace d’une église consacrée à la Vierge. Il est probable cependant que la fête résulte au moins en partie, du culte des pèlerins venant à Jérusalem à partir du début du IVe siècle et visitant la tombe de la Vierge Marie à Gethsémani. Avec le monastère de la Dormition sur le Mont Sion, ce sanctuaire reste d’ailleurs aujourd’hui encore un lieu auquel est attaché la piété mariale des pèlerins dans la ville sainte.
Le titre de « Dormition », qui est attesté par des documents romains anciens, constitue une trace des origines en monde grec de cette fête du 15 août. La fête garde jusqu’à nos jours, ce titre de « Dormition » dans la liturgie byzantine et donc, non seulement dans l’orthodoxie mais également chez les byzantins unis à Rome comme les melkites qui la nomment « Dormition de la toute sainte, notre souveraine, Mère de Dieu et toujours Vierge Marie ».
Le Nouveau Testament ne dit rien de la mort de la Vierge Marie. Ce sont des écrits postérieurs, et non retenus par l’Église comme étant des sources de la foi, mais qui ont parfois joué un grand rôle dans la piété et même dans la liturgie qui ont donné à l’événement la figure que l’on voit notamment dans les icônes : Marie meurt entouré des apôtres et remet son âme entre les mains de son Fils et de son Dieu. Le récit d’une apparition aux apôtres de la Vierge dans le ciel est par ailleurs à la base de la croyance qu’elle est montée au ciel avec son corps. On a ici les traces de deux visions – l’orientale et l’occidentale – de cette fête. En Orient, en parlant de « Dormition », on souligne que Marie a connu la mort comme chacun de nous et d’abord comme son Fils lui-même qui est mort sur la croix. En Occident, en parlant d’« Assomption », on souligne que le corps de Marie a échappé à la corruption du tombeau en raison du fait qu’elle fut la Mère du Fils de Dieu et qu’elle participe avec son Fils au mystère de la résurrection. C’est cette conviction de la foi que souligne la préface de cette fête :
Aujourd’hui, la Vierge Marie, la Mère de Dieu, est élevée au ciel. (…) Ainsi tu n’as pas voulu qu’elle connaisse la corruption du tombeau, elle qui a porté dans sa chair ton propre Fils et mis au monde d’une manière incomparable l’auteur de la vie.
C’est en s’appuyant sur une relecture de la tradition (y compris liturgique) que Pie XII par la Constitution apostolique Munificentissimus Deus du 1er novembre 1950, a érigé cette affirmation en dogme :
Par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous proclamons, déclarons et définissons que c’est un dogme divinement révélé que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste.
Une promesse pour l’Église
Mais comme souvent en matière de culte marial, ce qui est dit de la Vierge vaut de l’Église dont elle est la figure comme le souligne la Constitution Lumen gentium sur l’Église du Concile Vatican II en intitulant son chapitre VIII : « La Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l’Église »[1]. On ne peut séparer Marie de son Fils et de l’Église. C’est ce que manifestent les icônes en représentant le collège des apôtres autour de la Mère de Dieu aussi bien lors de la Pentecôte que lors de la Dormition.
Du côté occidental, cette conscience du rapport entre Marie et l’Église a été particulièrement mise en lumière par Isaac de l’Étoile, un abbé cistercien du XIIe siècle (mort vers 1178) dans un sermon pour cette fête de l’Assomption qui figure à l’office des Lectures en Avent[2].
Isaac évoque Marie en reprenant ce que développait Saint Augustin quant à la signification de la prière des psaumes. De même que les psaumes sont la prière du « Christ total », prière de la tête (le Christ) et du corps (l’Église), de même par le baptême, les baptisés ne sont plus qu’un seul avec le Christ : « Le seul Christ, unique et total, c’est la tête et le corps (Col 1,18) ». C’est pourquoi dit Isaac, il y a un parallèle entre la mère du Christ et l’Église mère qui enfante par le baptême :
L’une et l’autre sont mères ; l’une et l’autre, vierges. (…) L’une a engendré, sans aucun péché, une tête pour le corps ; l’autre a fait naître, dans la rémission des péchés, un corps pour la tête. L’une et l’autre sont mères du Christ, mais aucune des deux ne l’enfante tout entier sans l’autre.
En conséquence, il peut affirmer la possibilité de penser de manière réciproque les deux figures, celle de Marie et celle de l’Église :
Aussi, c'est à bon droit que dans les Écritures divinement inspirées, ce qui est dit en général de l'Église, Vierge-mère, est compris de manière particulière de Marie Vierge-mère ; et ce qui est dit en particulier de Marie, Vierge-mère, est compris de manière générale de l'Église, Vierge-mère. Et quand un texte parle de l'une ou de l'autre, son contenu s'applique presque sans distinction à l'une et à l'autre.
La liturgie de cette fête est là encore un écho de ces conceptions comme on le voit dans la préface qui présente l’Assomption de la Vierge comme une promesse pour l’Église en marche dans l’histoire et une source d’Espérance pour chacun des fidèles :
Elle est le commencement et l’image de ce que deviendra ton Église en sa plénitude, elle est signe d’espérance et source de réconfort pour ton peuple encore en chemin.
En d’autres termes, la fête de l’Assomption n’est pas seulement la célébration de la montée au ciel de la Vierge Marie. C’est aussi une fête de l’Église en chemin vers le Royaume des cieux, et donc une fête de l’Espérance pour tous. C’est le sens surtout de la collecte de la messe de cette solennité du 15 août :
Dieu éternel et tout-puissant, tu as élevé jusqu’à la gloire du ciel, dans son âme et son corps, Marie, la Vierge immaculée, la mère de ton Fils ; fais que, toujours tendus vers les réalités d’en haut, nous obtenions de partager sa gloire.
Parce que l’Église est le corps dont le Christ est la tête (cf. Col 1, 18) et parce que, par le baptême, les fidèles sont constitués comme les membres de ce corps du Christ, l’Assomption de Marie « avec son âme et son corps » est la célébration d’une Église appelée à accomplir dans l’histoire la vocation du Christ Sauveur énoncée lors de la Passion par le grand-prêtre Caïphe :
il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation ; et ce n’était pas seulement pour la nation, c’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés (Jn 11, 51b-52).
En définitive comme le souligne la prière après la communion, la fête du 15 août est inséparable de la foi pascale. Marie est la première des rachetés par la Pâque de son Fils. Elle est donc à l’instar de certains tympans de cathédrales, celle qui guide le peuple de Dieu en marche vers la gloire du Christ ressuscité :
Nous avons reçu, Seigneur, le sacrement qui nous sauve ; par l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie élevée au ciel, accorde-nous de parvenir à la gloire de la résurrection.
Le 15 août dans l’histoire de France
En France, cette fête du 15 août a pris une signification particulière en raison de l’histoire. En effet, en 1638, le roi Louis XIII a consacré son royaume de France en le plaçant sous la protection de la Vierge Marie. Ce vœu incluait un ensemble d’engagements à l'occasion de la fête du 15 août. En vue de donner force et de garder la mémoire de ce vœu, Louis XIII instaurait les processions du 15 août et prescrivait de consacrer dans les églises une chapelle principale à la Reine des Cieux. Le maître-autel de Notre-Dame de Paris conserve la mémoire de ce vœu de Louis XIII : devant une sculpture de la Pietà, le roi est représenté offrant son sceptre et sa couronne à la Vierge. Les processions en ce jour sont ainsi devenues l’une des marques essentielles de la piété populaire en France.
Pour accompagner ces processions, le chant des litanies de la Vierge – dite litanies de Lorette - est sans doute l’une des expressions les plus touchantes de la piété mariale : Marie est invoquée à travers une série de titres qui désignent autant de motifs de la fête du 15 août : elle est « Cité de Dieu », « Demeure de la Sagesse », « Miroir de la Sainteté divine », « Cause de notre joie », ou « Temple du Saint-Esprit ». Certaines invocations prennent une grande force dans le contexte contemporain : Marie est chantée comme « Mère de l’Espérance », « Mère de l’Église » et « Mère de tous les hommes ».
On peut relever encore que parmi les images de cette litanie mariale, certaines ont spécialement inspiré les artistes : « Rose mystique », « Tour de David », « Arche de la nouvelle Alliance », « Porte du Ciel » et « Étoile du matin », autant de symboles que l’on trouve par exemple dans la mosaïque de Fernand Léger qui orne la façade de la Chapelle Notre-Dame de toutes grâces au plateau d’Assy, une des œuvres majeures de l’art sacré au XXe siècle.
L’Assomption dans la liturgie des Heures
En cette fête lumineuse de l’été au cours de laquelle l’Église chante la « femme revêtue de soleil » (Ap 12,1 ; 1e lecture de la messe et lecture de Sexte)[3], la liturgie des Heures est d’une grande richesse, notamment par le choix des psaumes et de leurs antiennes mais aussi celui des répons et des prières litaniques. Elle mériterait par conséquent d’abondants développement qui viendraient prolonger les harmoniques de cette fête apparues ci-dessus.
On peut au moins souligner l’hymne des deuxièmes Vêpres de la fête - donc au soir du 15 août - qui sous le titre « Pleine de grâce, réjouis-toi ! » constitue un écho de la salutation de l’ange à l’Annonciation (Lc 1, 28) et en même temps une affirmation d’un aspect central de la fête : l’Assomption de Marie accomplit la figure de l’arche d’alliance dans l’Ancien Testament. La dernière strophe est ainsi une expression lumineuse du sens de la fête en proclamant que « Déjà l’Église en toi contemple la création transfigurée » :
Pleine de grâce, réjouis-toi !
L’Emmanuel a trouvé place
Dans ta demeure illuminée.
Par toi, la gloire a rayonné
Pour le salut de notre race.
Arche d’alliance, réjouis-toi !
Sur toi repose la présence
Du Dieu caché dans la nuée.
Par toi, la route est éclairée
Dans le désert où l’homme avance.
Vierge fidèle, réjouis-toi !
Dans la ténèbre où Dieu t’appelle,
Tu fais briller si haut ta foi
Que tu reflètes sur nos croix
La paix du Christ et sa lumière.
Reine des anges, réjouis-toi !
Déjà l’Église en toi contemple
La création transfigurée
Fais-nous la joie de partager
L’exultation de ta louange [4].
Le chant propsoé comme hymne des premières Vêpres, le 14 août au soir, est également très significative pour l’interprétation de la fête. Elle chante Marie comme la nouvelle Jérusalem auprès de Dieu qui, resplendissante de beauté, descend du ciel pour être auprès de l’humanité l’arche de la présence divine :
R/ Je vis la nouvelle Jérusalem
Descendre du ciel d'auprès de Dieu,
Belle comme une épouse parée pour son époux.
Voici la demeure de Dieu parmi les hommes,
il aura sa demeure avec eux.
Ils seront son peuple
et Dieu-avec-eux sera leur Dieu !
Il essuiera toute larme de leurs yeux.
Plus de mort, ni de pleur, ni de cri, ni de peine,
car l'ancien monde s'en est allé [5].
L’Assomption dans l’art
Sur les représentations de cette croyance et ses manifestations dans la piété chrétienne, il faudrait ici apporter d’importants dossiers archéologiques et historiques mais également, iconographiques et musicaux. Ainsi la Dormition de la Vierge est en particulier un grand thème dans l’art des icônes.
Le thème de l’Assomption de la Vierge a été très prisé par les peintres depuis le XVe siècle. Ils montrent Marie en train de monter aux cieux, entourée des saints et des anges dans des scènes souvent grandioses visant à magnifier la beauté de la gloire à venir. Parmi les peintres qui ont illustré la scène, on trouve notamment Titien (1516-1518) ; El Greco (1577-1579) ; Annibale Carracci (1600-1601) ; Pierre Paul Rubens (1626) ; Nicolas Poussin (1630-1632) ou Bartolomé Esteban Murillo (1670).
On peut relever encore que la solennité de l’Assomption « se prolonge dans la célébration de sainte Marie Reine, qui a lieu une semaine après et dans laquelle on contemple Celle qui, assise aux côtés du Roi des siècles, resplendit comme Reine et intercède comme Mère » (Marialis cultus, n° 5). Cette mémoire de Sainte Marie Reine est présente dans l’iconographie sous la double figure de scènes représentant le couronnement de la Vierge ou encore celle de Marie Reine assise auprès du Christ roi de l’univers.
Par ailleurs on ne peut oublier que l’Assomption de la Vierge Marie est également le titre sous lequel se trouvent de nombreuses églises, des monastères et des familles religieuses (par ex. les Assomptionnistes).
(Note rédigée par le Fr. Patrick Prétot)
[1] Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Église Lumen gentium, ch. VIII, n. 52-69 : « La Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l’Église ».
[2] Isaac de l’Étoile, Sermon pour l’Assomption, Homélie 51, dans Livre des Jours (Office romain des Lectures), Samedi de la deuxième semaine de l’Avent, p. 43.
[3] Voir également le tropaire : « Femme revêtue de soleil » (cote Secli : VX591) Texte : CFC ; Musique : Stéphane Caillat ; Studio SM : « Femme revêtue de soleil, Ta demeure est la lumière ! Tu es montée de hauteur en hauteur Vers la source de la vie Jésus Christ ! REFRAIN Vierge Marie, tu as trouvé la joie. Elle est notre avenir !
[4] Texte CFC (Commission Francophone Cistercienne) - CNPL.
[5] K 40, texte et musique de L. Deiss, éditions du Levain.
Bibliographie
Sur le sujet voir notamment :
- Paul VI, Exhortation apostolique Marialis cultus sur le culte de la Vierge Marie, 2 février 1974.
- Simon Claude Mimouni, Dormition et Assomption de Marie : histoire des traditions anciennes, Paris, Beauchesne, « Théologie historique », 98, 1995.
Sacrosanctum Concilium