Le temps pascal : un grand dimanche ?
Christ en croix roman (abbaye de Boscodon, Hautes Alpes)
À partir du dimanche de la résurrection, cinquante jours à célébrer comme "un grand dimanche" (St Athanase)...
En effet, la joie de Pâques, célébrée à la fin du Triduum pascal (du jeudi saint au dimanche de Pâques) est tellement grande pour la foi chrétienne, qu’elle est fêtée durant 50 jours, symbolisant ainsi l’achèvement de notre salut avec notre propre résurrection. 50 jours, avec 7 dimanches de Pâques (une semaine de dimanche !) et le dimanche de la Pentecôte qui achève cette exultation et – comme 8e dimanche – nous ouvre au bonheur éternel. Le dimanche, premier jour de la création selon la Genèse (c’est-à-dire le lendemain du sabbat – samedi), s’est fait le premier jour de la re-création selon les Évangiles avec la résurrection du Christ, et se fait aussi 8e jour, celui de notre salut éternel annoncé et déjà en cours de réalisation.
Cependant, on aurait tort de « limiter » le temps pascal à la seule exultation car – et le nom de Pâques le désigne bien – il s’agit d’un temps pour faire mémoire avec foi du grand passage du Christ de la mort à la vie. C'est ce que nous faisons chaque dimanche, et que nous magnifions les 7 + 1 dimanches du temps de Pâques pour donner sens à toute notre existence, déjà marquée ici-bas par notre participation pleine et entière à la louange et à la gloire du salut éternel.
Les collectes (oraisons d’ouverture) des dimanches de Pâques nous proposent un véritable itinéraire pour entrer progressivement dans ce bonheur éternel promis et déjà réalisé en symbole :
1er dimanche de Pâques
« Aujourd’hui, Seigneur Dieu, par ton Fils unique, vainqueur de la mort, tu as ouvert les portes de l’éternité ; tandis que nous fêtons solennellement la résurrection du Seigneur, nous t’en prions : accorde-nous d’être renouvelés par ton Esprit pour que nous ressuscitions dans la lumière de la vie. »
2e dimanche de Pâques
« Dieu d’éternelle miséricorde, chaque année, par les célébrations pascales, tu ranimes la foi du peuple qui t’est consacré : fais grandir le don de ta grâce, afin que tous comprennent vraiment quel baptême les a purifiés, quel Esprit les a fait renaître, et quel sang les a rachetés. »
3e dimanche de Pâques
« Garde à ton peuple sa joie, Seigneur Dieu, car tu renouvelles la jeunesse de son âme : il se réjouit d’avoir retrouvé la gloire de l’adoption filiale : qu’il attende désormais le jour de la résurrection, dans la ferme espérance du bonheur que tu donnes. »
4e dimanche de Pâques
« Dieu éternel et tout-puissant, guide-nous jusqu’au bonheur du ciel ; que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son Pasteur est entré victorieux. »
5e dimanche de Pâques
« Dieu éternel et tout-puissant, continue d’accomplir en nous le mystère pascal ; soutiens et protège ceux que tu as voulu renouveler dans le saint baptême : qu’ils portent beaucoup de fruits et parviennent aux joies de la vie éternelle. »
6e dimanche de Pâques
« Dieu tout-puissant, accorde-nous, en ces jours de fête, de célébrer avec ferveur le Seigneur ressuscité : puissions-nous mettre en œuvre fidèlement tout ce dont nous faisons mémoire. »
Ascension du Seigneur
« Dieu tout-puissant, fais-nous exulter d’une joie sainte et nous réjouir dans une fervente action de grâce, car l’ascension de ton Fils, le Christ, nous introduit déjà auprès de toi, nous, les membres du corps dont il est la tête, appelés à vivre en espérance dans la gloire où il nous a précédés. »
7e dimanche de Pâques
« Sois favorable à nos supplications, Seigneur : nous croyons que le Sauveur du genre humain est auprès de toi dans la gloire ; puissions-nous éprouver qu’il demeure avec nous jusqu’à la fin du monde, comme lui-même l’a promis. »
Dimanche de Pentecôte
« Seigneur Dieu, dans le mystère de la fête que nous célébrons aujourd’hui, tu sanctifies ton Eglise entière chez tous les peuples et dans toutes les nations ; répands les dons de l’Esprit Saint sur l’immensité du monde, et continue dans le cœur des croyants l’œuvre divine entreprise au début de la prédication évangélique. »
Ce parcours à travers les oraisons des 7 + 1 dimanches (avec, en plus, l’Ascension) est éloquent ! Il s’agit bien pour nous, dans ce temps pascal, de passer par la Pâque du Christ pour accéder au salut de la vie éternelle qui nous attend à la fin des temps mais qui est aussi déjà à l’œuvre maintenant !
Chacun de ces dimanches est donc un dimanche de Pâques qui nous introduit dans la vie de ressuscité avec le Christ qui est passé par la mort. Chacun de ces dimanches le fait en soulignant une caractéristique majeure de notre Dieu qui nous fait cette grâce. Plus encore, en précisant qui est ce Dieu qui nous sauve par son Fils mort et resuscité. Les oraisons d’ouverture le pointent chacune à leur manière par le vocabulaire employé :
- Le 1er dimanche est le dimanche de Pâques et de la lumière du ressuscité. Le Christ lumière de la Veillée pascale nous ouvre les portes de l’éternité.
- Le 2e dimanche est le dimanche de Pâques et de la divine miséricorde. Dieu nous comble de sa grâce dès maintenant pour nous vie à jamais.
- Le 3e dimanche est le dimanche de Pâques et de la joie divine. Dieu nous garde dans l’espérance du bonheur promis et déjà donné.
- Le 4e dimanche est le dimanche de Pâques et du Bon Pasteur. Dieu s’y révèle comme celui qui nous conduit, avec nos faiblesses, à la victoire éternelle.
- Le 5e dimanche est le dimanche de Pâques et de la confiance en Dieu. Dieu s’y révèle comme celui qui nous soutient et nous protège en vue de la gloire éternelle.
- Le 6e dimanche est le dimanche de Pâques et de la fidélité de Dieu. Notre Dieu est fidèle en tout ce qu’il est et en tout ce qu’il fait et nous appelle à le suivre fidèlement.
- L’Ascension du Seigneur nous ouvre à la pleine espérance.
- Le 7e dimanche est le dimanche de Pâques et de la gloire de Dieu. Le Christ est toujours avec nous pour nous conduire au Père dans la gloire.
- Le dimanche de Pentecôte est encore dimanche de Pâques : dimanche du don de l’Esprit.
Ressources bibliographiques
Les essentiels
- Pierre Jounel, « Le temps pascal » dans A.-G. Martimort (dir.), L’Eglise en prière, tome IV, Desclée, 1983
- Thomas Talley, Les origines de l’année liturgique, Éd. du Cerf, « Liturgie » 1, 1990
- Odon Casel, « Pâques, la fête des fêtes », La Maison-Dieu 9 (1947/1), 57-59
- Aymon-Marie Roguet, « Qu’est-ce que le mystère pascal ? », La Maison-Dieu 67 (1961), 5-22 ; repris et présenté dans La Maison-Dieu 300, (2020/2), 17-33 [cet article essentiel définit le mystère pascal tel que la liturgie nous le donne à contempler et à intégrer, et en souligne la centralité décisive pour la vie de foi].
- Robert Cabié. « La cinquantaine pascale 'Grand dimanche' » La Maison-Dieu 83, (1965/3), 131-139Le temps et le mystère pascal dans LMD
► Quelques autres ressources bibliographiques
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Homélie pascale ancienne
La Pâque, commencement de la vie éternelle.
La Pâque célébrée par les Juifs symbolisait le salut de leurs premiers-nés. Mais celle que nous célébrons est la cause du salut de tous les hommes, en commençant par le premier homme créé qui est sauvé et vivifié en eux tous.
Les réalités partielles et provisoires, images et figures des réalités parfaites et éternelles, préludaient, ainsi que des esquisses, à la Vérité qui s'est maintenant levée à l'horizon ; mais quand la Vérité est présente, la figure est périmée : c'est ainsi qu'après l'arrivée d'un roi, personne ne juge convenable de délaisser le roi vivant pour se prosterner devant son image.
Il est donc bien évident que la figure est inférieure à la Vérité, quand la figure fête la vie éphémère des premiers-nés des Juifs, tandis que la Vérité fête la vie permanente de tous les hommes. Car ce n'est pas grand-chose d'échapper à la mort pour un temps bref quand on mourra peu après, mais c'est une grande chose que d'échapper totalement à la mort ; c'est ce qui nous arrive, puisque le Christ, notre Agneau pascal, a été immolé.
Le nom même de la fête prend toute son excellence si on le traduit en l'appliquant à la vérité. « Pâque », en effet, se traduit par « passage », puisque l'Exterminateur qui frappait les premiers-nés « passait» les maisons des Hébreux. Mais ce « passage» de l'Exterminateur, c'est chez nous qu'il est véritable, lorsque, une fois pour toutes, il « passe par-dessus » nous, qui avons été ressuscités par le Christ pour la vie éternelle. ~
Qu'est-ce que signifie, si on la considère par rapport à la Vérité, cette prescription de prendre pour commencement de l'année ce moment où s'accomplissent la Pâque et le salut des premiers-nés ? Cela signifie que, pour nous aussi, le commencement de la vie éternelle, c'est le sacrifice de l'Agneau pascal. En effet, l'année symbolise l'éternité, parce qu'elle revient toujours en cercle sur elle-même, et ne s'arrête à aucun terme. Et le Christ, offert en victime pour notre salut, est le Père de l'éternité à venir. C'est-à-dire que, rendant périmée toute notre vie antérieure, il nous donne le commencement d'une autre vie par le bain de la nouvelle naissance, à la ressemblance de sa mort et de sa résurrection.
En conséquence, tout homme qui connaît l'Agneau pascal immolé pour son salut doit considérer que pour lui le commencement de la vie, c'est le moment à partir duquel le Christ est immolé pour lui. Or le Christ est immolé pour lui lorsque lui-même reconnaît la grâce et comprend la vie procurée par cette immolation. Sachant cela, qu'il aspire à prendre le commencement de cette vie nouvelle et ne retourne plus vers l'ancienne, dont il atteint le terme. Car il est écrit : Nous qui sommes morts au péché, comment continuerions-nous de vivre en lui ?
(Texte patristique de l'Office des Lectures du lundi de la 2e semaine du temps pascal, AELF)
Sacrosanctum Concilium